Composition d’un paysage

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C’est un jour tranquille, les lanières d’eucalyptus claquent doucement , petite brise légère,le clapotis du Vao, le cours d’eau qui roule en bas de chez moi,il ne doit pas être plus de 10 heures.
j’habite une cahute dans la forêt à l’ouest de Celorico de Basto, dans le Nord du Portugal.

C’est sans confort mais c’est ce qu’il me faut.

J’ai quitté ma chambre d’hôtel parisienne il y a de ça un mois. Tout plaqué pour me rendre vers l’ailleurs. L’ailleurs de l’ailleurs.

Cela m’a prit  3 jours pour effectuer le voyage. Le stop n’est plus ce qu’il était. Le monde est devenu  moins conciliant. Tout le monde est pressé même en vacances.

Enfin un soir c’est par la petite micheline serpentant dans les collines que je suis arrivé.

Peu de tourisme au Nord, c’est un peu montagneux, et il n’y a pas l’océan, et pas trop d’infrastructure touristique non plus.
C’est bien pour cela que je suis là.

Envie de réduire ma vie à l’essentiel de l’essentiel: dessiner, peindre, écrire, marcher, penser.

Ce luxe de dépenser son temps comme ça me plaît, j’y tiens plus qu’à l’argent, à la carrière, à l’amour.

Encombré comme je suis c’est profitable pour tout le monde.

Et maintenant me voici assis devant la rivière pour dessiner.

Comme à mon habitude je dessine un rectangle sur le cahier avant d’entamer une composition et soudain une pensée me traverse :

Est ce que cette manière de composer ce paysage est vraiment la mienne, ou est ce que je recopie l’une des milliers de compositions déjà vues dans les livres, sur les photos, dans les musées…?

Et oui, la ligne d’horizon au tiers, l’arbre bien placé suivant les règles du nombre d’or … tout cela déjà vu, avalé , digéré.
Et ce point de vue toujours le même : de l’extérieur.

Voici donc mon paysage qui n’est même pas le mien puisque je suis influencé par celui de milliers d’autres …
Zut alors !

Joli vertige aussi.

J’avais déjà eut une crise comme ça avec les mots lorsque j’étais gamin.
Je voulais nommer les choses par moi-même et ne pas utiliser les mots déjà utilisés.

je me suis retrouvé en forêt et je cherchais un autre mot à ARBRE

Putain je suis resté comme un con à tenter d’oublier le mot pendant 20 mn

Et à la fin, du fond de mon désespoir;

je ne suis parvenu qu’à articuler : ARBRE.

Quelle andouille !

Mais c’était mon mot à moi, j’avais traversé quelque chose pour m’octroyer le droit de l’articuler.

Tout ça m’amène à réfléchir sur la notion d’originalité.
le commencement…
la première fois…

Est ce que  je peux me dire : tu vas faire un dessin, une peinture qui sera composée ainsi pour la première fois et donc tu pourras ainsi la nommer « originale »

le mythe du retour à l’origine comme la nostalgie c’est du lourd.

Un perte de temps ?

Sans doute.

Peut-être que tout ça n’est fait que pour enfin obtenir cette certitude : l’originalité n’est que de l’ancien revisité.

En fait, j’ai laissé tomber le paysage.

Je me suis allumé une clope, j’ai fermé les yeux et j’ai laissé filer cette journée bercé par le clapotis du Vao.