Le vide et le plein

Autrefois lorsque mes yeux étaient encore jeunes j’aimais lire et relire des textes à la recherche d’un sens de l’existence  … je vous rassure , loin de moi de vous en dresser la liste complète et puis chacun fera ses expériences Cependant j’en retiendrais peut être deux : Maitre Ekhart et Tchouang Tseu .Maître Eckhart applique un principe fréquent au Moyen Âge : la discretio – il ne dit rien à son propre sujet. Une digression dans le commentaire de la Genèse, au sujet d’une plante utilisée en ophtalmologie, nous apprend un rare détail à son sujet : il avait des problèmes de vue, sans doute partiellement guéris.
Tchouang Tseu quant à lui disait que le monde « n’a pas besoin d’être gouverné ; en fait, il ne devrait pas être gouverné », et que
« le bon ordre résulte spontanément quand les choses sont laissées à leur cours ».

Les deux parlent de détachement , de vide et de plein : propos qu’un peintre peut adapter à sa démarche .

Le but que l’on se fixe dans la réalisation d’une toile devrait laisser la plus grande place dans un premier temps au désordre, à l’informe , au  » hasard » même pour un sujet  » figuratif » . Ne pas avoir peur du vide de la toile est un acte de renoncement qui demande un certain courage . L’acharnement à remplir serait alors un moyen de parvenir au vide par l’épuisement.
ensuite il ne reste plus qu’à recouvrir de blanc et laisser ça et là percer quelques pans du mystère.

Et si au bout de cet épuisement, la grâce nous  » tombait dessus » elle serait la bienvenue. Mais restons modeste le tableau se termine comme un voyage, une expérience, et l’essentiel demeure dans l’indicible.