Quand Lao Tseu s’en alla

laozi

Le garde frontière le vit arriver tranquillement.A califourchon sur son buffle, comme il se doit, Lao Tseu était un vieil homme désormais. Le garde porta une attention particulière aux oreilles du vieux, et c’est ainsi qu’il le reconnut : à cause des  lobes conséquents, caractéristique des garnements ou des sages.

Maître Lao s’en venait du pays de  Chu fatigué du bruit du monde et s’apprêtait à s’en aller vers l’ouest , se retirant de l’histoire, de la politique et du pouvoir qu’il n’apprécia jamais de fréquenter à contrario de son jeune élève Confucius.

Le garde était un homme intelligent.

Tu t’en vas sans rien nous laisser Vieux Maître ? lui demanda t’il

Lao Tseu le considéra un instant en se tripotant la barbe, qu’il avait fort longue déjà à sa naissance.

Soit: dit il  et , en tant que spécialiste des rites de deuils il considéra que l’idée de marquer le coup de son départ était opportune.

Et il s’assit à l’ombre d’un arbre pour écrire « le livre de la voie et de la vertu ». Dao de king ou Tao te king

Puis une fois l’ouvrage terminé il passa la frontière et on ne le revit jamais .

 

On peut trouver le livre facilement dans toute bonne librairie, les mots dans la traduction française sont simples. Cependant que la compréhension de ceux ci demande toute une vie.

Ainsi arriver à une telle économie de moyens pour exprimer quelque chose est le résultat de bien des cheminements parfois complexes.

Juste un exemple :

« Dans le monde chacun décide du beau
Et cela devient le laid.

Par le monde chacun décide du bien
Et cela devient le mal.

L’être et le vide ‘s’engendrent
L’un l’autre.
Facile et difficile se complètent
Long et court se définissent
Haut et bas se rencontrent.

L’un l’autre.
Voix et sons s’accordent
Avant et après se mêlent.

Ainsi le sage, du non-agir.
Pratique l’oeuvre
Et enseigne sans paroles.

Multitudes d’êtres apparaissent
Qu’il ne rejette pas.
Il crée sans posséder

Agit sans rien attendre
Ne s’attache pas à ses oeuvres

Et dans cet abandon
Ne demeure pas abandonné. »

Un peu plus tard en découvrant Cioran je m’étais dit que c’était peut être une réincarnation de Lao Tseu. Notamment en lisant  » l’élan vers le pire  »

« Chacun est pris à son propre jeu, comme s’il savait son destin par cœur. »

 

 

 

 

 

 

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