Zen

5 heures. Les premiers chants d’oiseaux réveillent l’aube. Les mêmes chants d’oiseaux que j’entendais il  y a 16 ans lorsque je me rendais, vacillant, vers le dojo Zen.

J’habitais Lausanne à cette époque et j’étais en plein divorce. Je louais un petit appartement dans un quartier tranquille et je me morfondais terriblement.

Comme je m’étais intéressé au bouddhisme de façon livresque durant de nombreuses années je m’étais décidé enfin de  passer à la pratique pour expérimenter physiquement ce que pouvait bien être le Zen. C’est dans les naufrages que l’homme cherche une bouée.

Le dojo ouvrait ses portes vers 6h et la session commençait vers la demie; ça sentait la soupe et un peu les pieds. J’avais fait l’acquisition d’un zafu noir, ce coussin un peu dur sur lequel s’asseoir face à un mur blanc.

J’avais zappé la période d’apprentissage et j’étais directement entré dans le dur. Apparemment ma position ne devait pas être trop mauvaise, je n’ai jamais eu de réflexion ou de conseil.

La méditation commençait  dans la douleur. Depuis la cheville gauche je sentais son cheminement vers mon genou, ma cuisse, mon foie, mes reins, mes omoplates pour redescendre de l’autre coté par le même chemin. Pour pallier le problème je m’étais aperçu qu’en me concentrant sur ma respiration la douleur devenait plus supportable.

En même temps je n’arrêtais pas de me ressasser de faire le vide … j’avais lu ça: faire le vide … mais c’était plutôt du trop plein qui arrivait par vagues.

La méditation continuait alors sur la respiration. C’était elle qui permettait de réguler la douleur, de l’accepter, de la laisser aller son chemin comme les pensées. Tout était sensible d’une façon suraiguë, le moindre souffle dans la pièce, la cloche de l’église pas loin, un toussotement, le froissement d’une étoffe… et surtout bing ! le son du petit maillet sur le bol qui d’un coup me réveillait et me faisait chercher à nouveau l’appui de ma respiration en même temps que la douleur, oubliée par la rêverie revenait à la charge.

Je suis resté une année à me rendre presque chaque matin à ces séances de zazen. Le temps que le divorce soit enfin prononcé et que le canton de Vaud me déclare indésirable et m’assigne à quitter le territoire.

De retour sur Lyon, nouvel appartement, nouveau job  j’ai continué de pratiquer tout seul.

Mais pas très longtemps.

J’ai abandonné le bouddhisme sous toutes ses formes sans doute parce que je l’associais à une période difficile et que les temps devenant meilleurs je n’en avais plus besoin.

Dans ma vie bien des fois arrivé au trente sixième dessous il y a toujours eut des moments de grâce plus ou moins prolongés qui me donnaient la force d’entretenir l’espoir.

L’intuition, le génie, le démon dans le sens grec ont toujours été présents  pour m’aider à trouver des points d’appui.

Dans les métiers ingrats que je visitais  je formais des projets de voyages extraordinaires, que parfois même j’ai accomplis. Dans des périodes de désœuvrement, à Paris, la bibliothèque du Centre Georges Pompidou m’était un sanctuaire dans lequel des guides invisibles m’entraînaient vers Le Livre à lire ce jour là …parfois un traité de biologie, parfois un précis de décomposition, parfois un livre sur l’entomologie, une autre fois je rencontrais soudain Hildegarde de Bingen qui me parlait de la mort humide et de la mort sèche, un autre jour, c’était Maître Eckhart qui me parlait de la nécessité du plus grand dénuement de l’esprit afin que l’Esprit puisse enfin y pénétrer ;des trucs de cinglés non ?… d’autre jour Rabelais arrivait avec toute sa clique de mots rigolos, et le sérieux Montaigne qui me faisait pleurer de joie et ce coquin d’Henri Miller pour qui j’éprouvais une sympathie incommensurable avant de ne plus pouvoir le voir en peinture. Et tout un tas d’autres encore dont les noms ne me viennent plus à l’esprit.

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