esprit vegetal 21.1

On entend tout un tas de bruits divers, des caquètements, des pépiements,des gazouillis, des feulements feutrés et des sifflements chichiteux sans oublier le vrombissement des insectes de tout acabit. Nous sommes en forêt et l’odeur de décomposition monte du sol, s’insinue dans le tissus de nos vêtements jusqu’à notre peau.Une très grande activité règne ici, ça ne rigole pas, à chaque instant quelqu’un est dévoré ou dévore l’autre. Je suis avec mon ami T. et nous cheminons sur un sentier envahi par la végétation. C’est épais, touffu, inextricable, gordien.

Je l’observe. Il n’est pas bien gros, agile, et son regard est étonnant car il ressemble à celui de mon chat lorsque il fait semblant de roupiller.

Il a l’air de lire mes pensées car en tranchant une liane d’un coup sec et précis il m’annonce :

-Dans la forêt il ne faut rien regarder trop longtemps, sinon tu meurs.

Débrouille toi avec ça me dis je …

Et nous progressons encore plus loin, plus profondément dans le sous bois.

En arrivant au campement dans une petite clairière nimbée d’une lumière glauque. T. m’explique :

« Quand tu es en train de chasser il faut faire attention de ne pas être hypnotisé par ton envie d’avoir une proie. Il faut rester éveillé à tout ce qui se passe autour de toi.En forêt le point fixe est comme une toile d’araignée dans laquelle la mouche se prend. »

Un prédateur est hypnotisé par cette envie de bouffer sa proie.. du coup il ne sait pas qu’un prédateur plus gros que lui est en train de le guetter … et c’est ainsi du bas de la chaîne alimentaire jusqu’au sommet.

La technique est donc d’agrandir son champ de vision en plongeant dans un état de rêve. C’est le mental qui est le donneur d’ordre des points fixes. Rêver apaise le mental qui se retire et laisse la place à l’instinct si l’on peut dire ça. Pour avancer dans la forêt il faut juste conserver l’intention d’aller quelque part et s’en souvenir dans le rêve. Cela demande un peu d’entrainement, mais tu n’es pas plus idiot qu’un autre tu devrais y arriver un jour.  »

Puis nous allumèrent des cigarettes et l’odeur de décomposition disparue soudain comme par enchantement. J’eus l’impression qu’une symphonie de chants, de cris, de craquements et de bruissements d’ailes saluait la fin du jour. Il était temps de dormir enfin après cette journée étonnante.

 

 

 

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prof d'arts plastiques, fabriquant de tableaux. @patrickblanchon38550 http://patrickblanchon.com

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