En observant le chat

 

C’est une chatte trois couleurs, chatte de toit, vadrouilleuse, indépendante absolument, mais attachée, attentive aux rituels de la maison et surgissant de nulle part toujours fort à propos.

Elle navigue d’un endroit à l’autre de l’atelier pour roupiller, méditer, surveiller,bailler, se toiletter. Et toujours suivant les heures de la journée un endroit, une action particulière attribuée à l’endroit où elle se pose dans une élégance permanente.

Je ne connais pas d’animal dont le comportement apparemment indépendant voir méprisant vis à vis de nous autres humains, soit autant ritualisé.

Même le chien pourtant n’arrive pas à la hauteur du chat dans l’élaboration des rituels.

Cela fait réfléchir un peu au rôle des rituels dans la vie du chat et dans la mienne, dans la notre aussi .

Et comme je reviens toujours à la peinture puisque c’est le sujet de ce blog j’aimerais rebondir sur l’importance du rituel d’installation avant de se mettre au boulot.

Je pensais à cela en revenant de mon cours sur Charly et au fait que toutes les semaines les élèves, sans se concerter reprennent exactement leur place habituelle. A Oullins, autre atelier, même constat, les gens choisissent une place et ont tendance à toujours la reprendre de semaine en semaine, de mois en mois, d’années en années.

Si je me filmais sur un mois, dans mon atelier, on me verrait tourner autour de ma grande table de travail car j’ai coutume de changer de place suivant le format que j’aborde.  Mon rituel d’installation ne se construit pas sur le lieu ou je m’assois.

Mais plutôt dans une rupture d’espace temps et cela commence régulièrement par une cigarette et un café.

Je referme la porte derrière moi, je regarde les tableaux en cours accrochés aux murs, je bois une gorgée de café, tire sur mon clope , me gratte la tête, m’étire, baille, ferme les yeux puis les ré ouvre pour me nettoyer le regard. et doucement me voici dans le lieu et le moment, ce point de bascule entre le monde du dehors et mon univers personnel.

Je peux m’installer n’importe ou dans l’atelier c’est tout le local qui est ainsi ritualisé.

Nicolas De Staël a écrit quelque part qu’il y a deux sortes de fulgurances , celle de l’autorité et celle de l’hésitation. Mais que les deux se rejoignent au sommet.

Je retrouve ces deux types de fulgurance chez ma chatte trois couleurs, lorsque après  avoir sommeillé elle bondit sur une mouche ou bien lorsque je la regarde se tasser au sol et avancer prudemment, pas tout petits pas  lorsque la silhouette sombre du gros matou du coin se profile sur le toit voisin.

Pareil pour moi qui suit capable du pire comme du meilleur, en matière de fulgurance picturale… Il y a des journées ou je considère tous les tableaux accrochés comme les mots d’une phrase imprononçable et sans aucun sens, et là j’hésite, je tâtonne en titubant des petites touches sans intérêt et puis il y a le temps grandiose qui soudain s’élargit hors moi et là ce sont des coups de fouet attisant le rythme de la cavalcade , je me fais mongol traversant les grandes steppes et rien ne peut se mettre sur mon passage.

 

 

 

 

 

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