Une histoire banale

C’est l’écrivain Robert Graves qui la raconte dans son magnifique travail sur la mythologie grecque lorsqu’il évoque une des multiples visions cosmogoniques  des anciens. 

La déesse Eurynome dansait sur l’eau et s’ennuyait lorsqu’elle fit la rencontre du vent Borée qui pour l’occuper la féconda.

Amoureux le couple voulant encore profiter du bon temps confièrent le fruit de leurs ébats, un « oeuf »,au serpent Ophion qui n’avait pas grand chose d’autre à faire.

Or Ophion trés fier de son nouvel emploi clama un peu partout qu’il en était l’auteur, ce qui ne plut guère à la déesse qui dans un même temps récupéra son oeuf et décocha un coup de talon dans la machoire du reptile dépité.

D’après les notes de bas de page  de Robert Graves ce coup de pied et les dents perdues du pauvre Ophion seraient à l’origine des Iles Cyclades.

Cette histoire de confiance et d’usurpation d’identité est bien banale je vous avais averti.

Cependant il y a de l’or dans toute banalité, il faut la chauffer un peu pour s’en rendre compte.

Lorsque dans les années 60 naît le pop art impulsé en Angleterre par 
Richard Hamilton et d’Eduardo Paolozzi (milieu des années 50) , et parvient outre atlantique le grand public ne retiendra que le nom d’Andy Warhol.

Mais qui connait en Allemagne Gerhard Richter ? Hormis les initiés assez peu de personnes connaissent son travail sur la banalité des photos de famille qui est considéré comme le pendant du pop art Allemand

Cette banalité pour Richter lui servit de matière pour créer une série d’œuvres  en noir et blanc d’après des photographies mal cadrées mal exposées , bref des photos qu’on dirait ratées.

Ce que le commun nomme « banal » pour l’artiste était une mine d’or de réflexions sur un paradigme qui lui est cher : l’importance de l’aléa, du hasard dans l’élaboration de son oeuvre.

En prenant appui sur ces clichés en noir et blanc et les reproduisant à la perfection en peinture ,s’opère une disparition celle de Gerhard Richter lui même. Ainsi par la reproduction tout en même temps servile et magistrale d’un cliché le peintre parvient-il à s’émanciper de la toile complètement face à un  spectateur éprouvant alors le même malaise que  devant une photographie pourrie et surtout anonyme.

Et encore  je retiens particulièrement une citation de cet artiste :

« j’ai une santé moyenne, une taille moyenne (1,72 m), je suis moyennement beau. Si j’évoque ceci, c’est parce qu’il faut avoir ces qualités pour pouvoir peindre de bons tableaux. »

Pour un artiste qui est l’un des plus côté du monde, cela fait réfléchir et je me suis dit qu’il avait peut-être lu Robert Graves et l’histoire d’Eurynome et d’Ophion. On lui avait confié un oeuf mais il ne la ramenait pas.

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