De la décoration

Si l’on demande à un anglais suffisamment âgé ce qu’est  un gentleman, il dira sans doute que c’est un homme qui sait jouer de la cornemuse mais qui ne le montre pas.

Si l’on demande à un peintre ce qu’est un « bon tableau » de nos jours un silence un peu gênant sera bon indice du gentil homme qui sommeille en lui.

Car bon nombre d’entre nous peuvent se retrouver perdus entre les Pays-Bas, l’Italie,le japon, la chine et les USA tant il y a eut d’exemples de bons peintres et de  bons tableaux qu’une confusion immédiate s’installe. 

Qu’est ce donc qu’un bon tableau ?

Certains parleront du sujet, de l’absence de sujet, de la couleur ou des couleurs  d’autres de la facture, d’autres encore du prix qu’ils l’ont payé et bien sur il y a ceux qui ont trouvé le tableau à leur gout car il collait bien avec leur intérieur, je ne parle pas de Psyché bien sur. 

L’oeuvre d’art en peinture est devenu un produit de consommation tout d’abord pour les critiques de tout poil qui se doivent d’avoir une opinion sur tout mais qui souvent n’y pigent rien, pour les journalistes aussi qui doivent noircir du papier, pour les éditeurs, pour les marchands de cartes postales, pour les fabricants de catalogues pas toujours raisonnés  et son emploi pour le reste du grand nombre de consommateurs que nous sommes  permet en outre  de combler un vide mural à défaut de nourrir l’âme.

Cette récupération par le grand ogre capitaliste de toute parcelle de lumière,  de désir et d’esprit pour en fabriquer une plus value rapide et exponentielle si possible serait digne d’un excellent ouvrage de science fiction qu’aurait pu rédiger en marge de ses carnets  de travail Léonard de Vinci s’il avait eut le temps de se pencher sur le sujet et sur l’avenir.

On la devine un peu chez Bosch déjà cette monstruosité latente dans laquelle nous voici bien installés pour ne pas dire vautrés .. enfin je parle de nous qui avons juste les moyens de remplir nos  caddies bien sur. Quand on n’a pas le temps de se rendre au Musée on va au supermarché et l’on achète on entasse, on provisionne le placard, on aligne on empile dans le frigo  et l’on coche la liste des courses pour être bien sur de n’avoir rien oublié.

Donc on décore  comme d’autres se saoule de bière bon marché pour ne plus penser.

Obtenir une décoration est donc un enjeu majeur dans cette nouvelle guerre que propose l’ennui du monde.

En attendant si bon nombre de tableaux vont dans le décor il y a des virages qu’il ne faut pas rater car des peintres qui peignent vraiment il y en a encore bien sur. Je ne veux pas dire que ceux qui produisent pour la déco ne peignent pas bien non , ce n’est pas cela… c’est l’intention du marché qui a changé, comme on n’aime plus guère philosopher ou penser qui ne sont que perte de temps on se dépêche de classer les artistes comme on classe les produits sur les rayonnages, celui au ras du sol pas cher du tout mais qualité suspecte, un peu au dessus c’est moyen mais ça peut être goutteux, et bien sur à la hauteur de l’œil de la ménagère comme du financier avisé  l’artiste en vogue que la ménagère peut être achètera  ( une reproduction impeccable ) tandis que le financier aura déjà changé de rayon il sera à la crèmerie en train de faire le joli cœur  avec la crémière.

Si l’on demande à un galeriste quel peintre il a envie d’exposer et que vous le voyez en train de ranger sa cornemuse dans son placard alors foncez car par les temps qui courent un vrai gentleman ça ne se loupe pas.

Élargissons encore ce propos sur la décoration qui contamine un peu plus chaque jour notre monde, il se peut que bon nombre de valeurs deviennent aussi décoratives pour nos politiques dont l’intention primordiale est de rester en place. Décoration aussi les revendications combattues mollement par nos syndicats dont l’intention première est de survivre et ne pas trop perdre la face. Décoration la pensée qui neuve soi disant est portée au pinacle suffisamment pour intéresser les marchands de tee shirt et les chroniqueurs bobos de la télé.Décoration toujours la religion portée en bandoulière avec les kalachnikov ou les rosaires comme jadis on portait l’épée dans une main la bible dans l’autre… 

Quand tout glisse ainsi dans le décor la nausée et le tournis finissent par arriver… l’énergie vitale reprend du poil de la bête et on dégueule un bon coup. Alors on vire tout, on fait table rase et on repart à zéro loin du vacarme loin de l’incohérence. On découvre alors dans le silence un secret et l’on sent qu’il ne faut surtout pas l’ébruiter: la vie joue de la cornemuse et soudain sans qu’on ne la voit on peut l’écouter.

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