Omar et IA

Ia vivait dans la maison du marchand Zeb et en tant qu’esclave s’occupait de préparer sa nourriture.

C’était une belle jeune fille au teint de rose et aux yeux noirs et, sous un fichu de soie bon marché elle cachait sa magnifique chevelure brune et bouclée.

Un jour le poète frappa à la porte du marchand et ce fut Ia qui, servant également à la boutique lui ouvrit et l’accueillit.

Tout le monde connaissait Omar le poète dans la petite ville, c’était un grand gaillard au regard vif et à la démarche assurée dont la notoriété en tant que poète commençait à atteindre les villages attenants.

Il voyageait beaucoup et pour gagner sa vie,  occupait la fonction d’écrivain public. L’un voulait réclamer le paiement d’une dette, l’autre réclamait réparation d’une insulte, un autre encore désirait déclarer par écrit sa flamme, tout le monde avait coutume de lui demander service et de rédiger des lettres aussi précises que délicates, aussi fermes que polies.

Omar l’écrivain avait des dons multiples tant dans le domaine des lois, que dans celui de l’amour et de la diplomatie.

Singulier personnage, qui malgré tous ses talents pouvait passer pour un fou , on disait de lui qu’ il déclamait sa poésie aux oiseaux, aux herbes mouillées des ruisseaux, au vent léger , à l’arbre sec et aux servantes des tavernes en échanges de baisers et de vin de grenade.

Aussi lorsque Ia découvrit le visiteur sur le seuil de la boutique du marchand sa première réaction fut elle de froncer un peu les sourcils.

-Mon maître est absent, il reviendra dans un moment si vous désirez repasser Monsieur Omar, elle connaissait la réputation du bougre.

Avec ses yeux de biche et sa voix de miel Omar lui sourit et dit ce n’est pas ton maitre que je viens voir mais toi belle Ia dont la beauté narrée par tous les convives de mes repas ne cesse d’être relatée et d’aiguiser ma curiosité.

Mais Ia  peu sensible à la flatterie le toisa en lui disant qu’il était bien aimable mais qu’elle avait à faire.

Ce jour là Omar n’insista pas et tourna les talons.

Mais la beauté d’IA avait touché son cœur et son âme. Il erra longtemps sur les collines environnantes la tête dressée  dans le vent du sud les pieds nus dans l’herbe folle et douce  à déclamer des vers obscurs.

Le soir venu il avait renoncé à rejoindre sa masure, et restait allongé le regard perdu dans l’immensité noire du ciel et le seul mot qui sortait alors de ses lèvres charnues et rouges était »Ia »

Nul ne sait combien de vers, de strophes il composa pour elle qui désormais ont sombré dans l’oubli des hommes. Seule l’herbe folle et le vent du Sud s’en souviennent encore.

De génération en génération  ce souvenir d’un amour naissant entre un poète éperdu d’amour et la servante d’un marchand reste inscrit dans l’invisible.

Omar n’était pas homme à laisser filer sa chance.

Le lendemain il se re présenta devant la porte du marchand avec une poignée de jasmin qu’il désirait offrir à Ia.

Mais ce fut le marchand qui cette fois lui ouvrit.

Omar mon ami que me vaut ta venue dans mon humble boutique minauda le marchand.

Je n’ai plus de thé peux tu m’en vendre un peu répliqua Omar nullement désemparé. Et il entra dans la boutique. 

Le soleil était à son zénith et la boutique était sombre comme l’oeil noir d’un corbeau.

Omar balaya d’un coup d’œil les multiples étagères sur lesquelles les produits du marchand semblaient attendre en luisant doucement comme des promesses non encore tenues.

Le marchand aimait la poésie.Et la venue d’Omar quoique cela le surprisse on disait le poète frugal jusqu’à l’ascétisme, le rendait joyeux.

Récite moi ton dernier poème Omar demanda t’il 

j’ai le gosier si sec murmura doucement Omar…

Mais bon sang bien sur s’exclama le marchand et le nom tant chéri tant aimé tant désiré résonna dans la boutique du marchand 

Ia apporte nous du vin et vite !

Alors Ia qui n’était pas loin mais qui se cachait surgit de la pièce voisine avec un plateau et la demande du marchand.

Celle ci je vais la marier bientôt à un de mes neveux idiot ils feront de beaux enfants dit le marchand en la désignant d’un hochement de tête.

Ia resta impertubable tandis que le cœur d’Omar saignait.

Ils se regardèrent Omar et la servante promise à un avenir maussade et le poète lui tendit sa poignée de Jasmin sous les yeux amusés du marchand.

Je te donne ce jasmin Ia en souvenir de notre rencontre. Un jour viendra ou tu seras dans la pénombre et ton cœur s’interrogera sur la nécessite d’être la femme d’un époux.

Un jour tu voudras vivre toi aussi la caresse du vent du sud et les baisers mouillés de l’herbe folle, un jour tu auras cette intuition et ce jour là tu te souviendra de moi Omar le poète et par dessus les abîmes du temps et de la mémoire tu me souriras.

Et c’est comme cela exactement que tout s’est effectivement passé, chacun continuant sa route, empruntant la destinée que l’auteur de ses lignes leur avait attribué.

Et dans le vent du sud parfois encore ceux qui savent écouter peuvent entendre les vers éternels d’Omar amoureux d’IA :

Notre trésor? Le vin. Notre palais? La taverne. Nos compagnes fidèles? La soif et l’ivresse. Nous ignorons l’inquiétude, car nous savons que nos âmes, nos coeurs, nos coupes et nos robes maculées n’ont rien à craindre de la poussière, de l’eau et du feu.

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Publié par Patrick Blanchon

prof d'arts plastiques, fabriquant de tableaux. @patrickblanchon38550 http://patrickblanchon.com

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