Auguste ne rigole plus
Auguste ne rigole plus. Huile sur toile 120×90 cm Patrick Blanchon

Plus j’avance en age plus je suis pris d’un vertige quand je pense à tout ce que je ne  sais pas faire et que probablement je ne ferai sans doute jamais.

Je ne piloterai jamais un avion de chasse, je ne jouerai jamais de premier rôle dans un film d’aventure, je n’épouserai pas Marylin Monroe et le soufflé au fromage, je le crains, restera à tout jamais une énigme.

En fait plus je réfléchis à ma vie plus je me dis que jamais je n’ai rien su faire vraiment de mes dix doigts. Je veux dire par là en y croyant vraiment, car bien sur j’ai fait trente six mille métiers j’ai connu des maîtresses qui valaient bien Marilyn et j’ai aussi sauté en parachute à défaut de conduire un Mirage. Mais ce n’était toujours que moi comprenez vous ..?

Bien sur la malédiction de » l’a quoi bon » pourrait expliquer en partie une telle inaptitude à l’appropriation franche et massive  de mes actes passés et dans ce cas sans doute je pourrais me lamenter sur mon sort en me réveillant à presque 60 ans d’une crise d’adolescence un peu trop prolongée.

Cependant ce malaise s’envole aussitôt dès que je me retrouve attablé devant vous à écrire ces mots.

Se mettre à table dans le cadre policier est un aveu, alors soit, puisque j’ai décidé d’utiliser ce cadre je vais avouer.

Je vais avouer que j’ai toujours pensé être bien plus malin que les autres pour commencer.

Plus malin que mes parents que j’ai regardé  trimer toute leur vie en cherchant à les faire sortir d’eux même de nombreuses fois par mes écarts de conduite répétés. Je n’avais pas de haine, pas de colère, non juste une envie persistante de les voir eux , en tant qu’êtres humains et non comme des stéréotypes de ne je sais quelle feuilleton de série B.

Alors pour cela j’ai utilisé de nombreux stratagèmes, pour commencer envers moi-même afin d’oublier le but de mes actes, de mes erreurs, de mes errances. Il fallait que tout soit enfoui au plus profond de moi que je ne m’en souvienne plus.Donc oui j’ai éprouvé de la haine, de la colère, oui et j’ai fait largement de mon mieux pour bien comprendre l’entourloupe, le vol et le massacre.

Et si cela vous parait contradictoire c’est que vous avez encore pas mal de chemin à faire pour être vraiment vous. Je veux dire au delà de moi.

Moi, éternel insatisfait tremblant de trouille et de rage.

Moi capable de toutes les petitesses pour ne jamais dire je t’aime.

Moi hypertrophie des neurones sur pattes

Moi gros con attendrissant et désarmant pour mieux vous planter par derriere

Moi le salaud, l’horrible, l’insupportable.

Ce sale petit gamin  qui se cache derrière un masque en espérant être découvert un jour.

Ce petit garçon envahit par toute l’ignorance du monde à un tel point qu’il s’invente un rasoir de lucidité tranchante pour le découper, le déchiqueter, l’entendre se dégonfler hurler gémir.

Tout ce que je ne  sais pas faire et que je ne saurai jamais faire :

c’est être sans faille,  lisse et poli comme un beau galet avec lequel

le vent et l’eau jouent en se déchirant,  dans le cri de la mouette,  et la naissance des ruches.

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prof d'arts plastiques, fabriquant de tableaux. @patrickblanchon38550 http://patrickblanchon.com

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