Le locataire, Acrylique sur papier 1990
Patrick Blanchon

Nous nous retrouvions le soir et dans la nuit d’été.

Lorsque dans le couloir j’entendais son pas léger je coupais la télé et brûlais de l’encens dans ma tasse vide.

Alors nous nous serrions ensemble sur le lit défait et il me racontait les mystères sans trop les dévoiler.

Rabindranath était de Calcutta, bien plus âgé que moi qui passait mon temps à m’abîmer dans l’idée de vieillir, sa souplesse physique n’avait de pendant que l’habileté de son discours concis . Je me souviens encore: sa langue limpide et ses mots simples pénétrant mon cœur comme la lame d’un scalpel.

Enivré par Tagore je devenais fou.

Il fallait jaillir, retrouver urgemment la rue.

Jaillir de la boite étroite que représentait la chambre, que représentait mon corps, que représentait mon cœur, oui jaillir comme un diable à ressort, s’élancer à à sa poursuite.

Tagore marchait à grand pas et je me demande encore s’il ne lévitait pas …

Irrémédiablement et ce malgré toute ma mauvaise volonté, je me retrouvais devant un comptoir. Je comptais mes pièces en lorgnant l’échanson.. la marche donne soif alors je buvais.

Je buvais à Tagore, à mon insignifiance, à l’indicible toujours renouvelé, et à la fin je crois bien que je buvais tout bêtement pour boire.

C’est tout proche de l’aube que je rentrais chez moi , les premiers camions- poubelle jetaient leur lueurs bleutées sur l’asphalte mouillé, alors je remontais lentement l’escalier , rejoignais mes boites, me rangeais en vrac, et pour tout oublier enfin j’allumais la télé.

prof d'arts plastiques, fabriquant de tableaux. @patrickblanchon38550 http://patrickblanchon.com

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