Le ciel et la terre

Photo Dominique Kret

Les chinois s’émerveillant de la justesse de l’ordre céleste ont imaginé pouvoir le reproduire sur terre ce qui plaça le Confucianisme comme modèle éthique durant un bon moment . L’empereur fut placé tel un soleil en plein milieu du monde et sa majesté comme sa puissance reproduisait ou représentait alors l’ordre immuable des choses.

Or Ce qui fonctionne pour le ciel ne fonctionne bien sur pas sur la terre et si nous sommes capable de dire à quelle heure le soleil se couchera dans 1000 ans avec une marge d’erreur aussi absurde que faible, nous sommes incapables sur terre de dire avec précision le temps qu’il fera demain.

Sur terre à contrario du ciel règne l’imprévisible.

Tchouang Tseu propose donc, 2000 ans avant Montaigne une méthode accélérée afin d’accéder au à la paix si ce n’est au bonheur voire à la joie en intégrant ce constat d’imprévisibilité.

Le tao consiste à se fondre sans effort dans chaque événement de la vie sans chercher à lutter contre l’évidence de celui ci. Chez ce lettré aucun effort n’est aussi précieux que de n’en produire aucun face au objets extérieurs qu’ils soient bons ou mauvais. C’est que pour les taoïstes comme plus tard Michel de Montaigne et encore Spinoza le bonheur ne peut se trouver à l’extérieur de soi tout comme la tristesse provient elle aussi d’une erreur d’aiguillage liée à ce qui ne nous regarde pas vraiment mais que l’on s’acharne à vouloir faire notre.

Dans notre monde insensé, une magicienne aux intentions de charlatan est passée. En quelques coups de baguette magique elle aura réduit en miettes toute la philosophie platonicienne, socratique, asiatique et j’en passe et des plus modernes y compris Spinoziste pour ne laisser place désormais qu’à une confusion magistrale quant à la recherche du bonheur. Le problème magistral semble être qu’il n’y a plus de sens

L’ignorance associé à l’oubli et à la vitesse à laquelle on nous aura fait croire que le progrès est tout, a conduit à cette société du loisir puis du plaisir comme celle du jeunisme. Kiffer est le mot d’ordre collectif et gare si toi tu ne likes pas on te pointera du doigt voire en cas de guerre tu seras le premier à être torturé pour que tu craches le morceau, que tu avoues enfin ton inaptitude à te rouler dans la fange des illusions. Déjà sur Facebook si tu reste passif tu es censuré par l’algorithme car celui ci ne considère pas que tu sois utile à l’épanouissement de ce monstre assoiffé de contenu, entendez cette machine à abrutir en masse.

Contre tout attente on aura fait fi de tout le capital de sagesse accumulé par les philosophes qui gênait dans son expansion celui des multinationales. Pour gouverner bien il faut rendre la masse la plus sotte possible et ensuite par quelques tours de passe-passe lui faire croire à la liberté, au bonheur, à la paix, contre monnaie sonnante et trébuchante. Tout est si bien ficelé désormais, avec de l’argent, du pouvoir on peut tout, que même les révolutions ne sont que d’apparat, prévues de manière statistique par des algorithmes elles aussi. Les puissants exercés à la gestion du risque financier l’ont étendu à la gestion des masses en tenant compte des probabilités de fluctuation des écarts types.

C’est pourquoi les boutiques d’apothicaires, comme les cabinets de voyance, les conférenciers avisés proposant des stages de tout sur tout fleurissent désormais. On voudrait nous faire croire qu’il serait simple de se sentir libre, heureux et serein en payant quelqu’un pour nous l’apprendre.

Or, animal de désir, l’homme est le sujet idéal pour le grand capital qui a bien compris que lorsqu’il obtient ce qu’il a désiré il désire à nouveau autre chose. C’est une aubaine pour les constructeurs qui jusqu’à peu construisaient dans une obsolescence d’environ 3 ans, ayant par de savants calculs mesurés la durée de nos désirs et leurs renouvellements. Le plaisir appelle de toutes ses forces à la satisfaction la plus rapide, alors le banquier du crédit à la consommation serre téléphoniquement votre main et tout est dans les clous.

Sauf que comme il y a plus de chance que les choses se mettent en désordre qu’en ordre, de vieilles maladies renaissent parfois avec de nouveaux patronymes comme la dépression, le burn-out, la bipolarité, la danse de Saint Guy et autres peste et choléra.

Les enfants qui sont les plus grands philosophes, en découvrant ce monde fou furieux, se doivent de l’être encore plus rapidement qu’auparavant et désormais il n’est pas rare que plutôt que de prendre un traité de philo j’aille consulter les tous petits dont je m’occupe dans mes ateliers de peinture pour retrouver les vraies définitions du bonheur, de la joie et de la paix. Il sont imprévisibles et j’ai pris l’habitude comme un vieux taoïste de me fondre dans leur brouhaha, leurs rires et leur justesse en conservant suffisamment d’énergie encore pour rire aux éclats en rentrant au volant de ma vieille bagnole toute cabossée.

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