Exhibition

Photo Dominique Kret

En anglais ce mot signifie exposition et c’est toute l’ambiguïté des gouffres du langage que cette différence révèle. Si le peintre en France s’expose, il ne saurait s’exhiber sans être aussitôt moqué, tant le français considère toute exhibition comme suspect et contraire à la bienséance.

S’exposer n’est certes pas dénuer de danger, alors que s’exhiber est dangereux aussi mais très vite ridicule. Ce ridicule auquel on se hâterait de faire appel pour ne pas subir l’émotion en pleine figure.

Je ne suis pas de souche française complètement, ma parenté avec les pays baltes et l’âme slave me porte souvent à emprunter leurs codes en matière d’émotion, je ne pleure pas sur commande comme un acteur mais c’est seulement faute d’entraînement, je veux dire que je me fiche bien de la pudeur qui nous entrave si souvent pour ne pas dire nos émotions telles quelles sont. Un rien me fait monter les larmes aux yeux et je vous avoue que ça ne s’arrange pas plus je vieillis.

Pourtant c’est tellement bon de pleurer quand on en a envie, c’est tellement bon de gueuler aussi, c’est tellement bon ne ne pas retenir tout ce flot d’émotion qui nous étouffe et pourquoi ne le fait-on pas ?

Au delà de la peur du ridicule j’ai bien peur que ce soit notre vulnérabilité qui serait alors en jeu. La peur d’être moqué est moindre finalement que celle d’être découvert authentique comme une faiblesse à ciel ouvert, une béance insupportable qui en miroir se renvoie de regard à regard d’âme en âme.

Nous français avons élevé la politesse à un point tel quelle fait partie de notre nature désormais. Selon l’axiome que notre liberté s’arrête ou commence celle de l’autre il serait anticonstitutionnel même de chialer comme une madeleine devant ses contemporains.

Et bien ce soir, je vous l’avoue, je pleure et je vous l’écris, je m’expose et je m’exhibe en tant que fontaine intarissable de larmes.

Je pleure parce cette vie est magnifique et que nous ne le voyions souvent que trop tardivement ainsi , je pleure parce que je repense à des amis que j’ai perdu le long de mon errance, je pleure parce qu’aujourd’hui il a fait beau, vraiment beau comme jamais je n’aurais pensé au cœur de l’hiver.

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