Désobéir.

Parfois la désobéissance peut sauver de l’indignité. Je crois même qu’à chaque fois que j’ai désobéi à une injonction c’est que celle ci entamait mon intégrité. Je ne parle pas de sevrage bien sur, ni de savoir patienter pour mieux désirer. Non ce n’est pas cela, je sais obéir quand il s’agit de calmer mes pulsions meurtrières ou ne pas me jeter sur la première jolie femme passant à ma portée pour l’assaillir de caresses et d’attouchements.

La désobéissance advient lorsque l’on touche à une partie précieuse de mon être, ma liberté notamment, toucher à celle-ci c’est insulter mon intelligence. Bien sur cette liberté n’est pas le droit que je m’octroierais de tout faire n’importe comment. Non, il faudrait vraiment que je devienne désespéré pour agir de la sorte, et encore, me connaissant assez bien désormais je dirigerais plutôt cette violence envers moi-même plutôt que de la reporter sur une ou un autre.

Dans cette agitation magistrale que l’on voit s’élever un peu partout dans le monde et qui manifeste en fait un ras le bol de notre mode de vie, l’intelligence et l’art ont leur rôle à jouer.

L’artiste se doit de désobéir à tous les poncifs qui entament sa liberté de créer naturelle. Et parfois si ses œuvres manifestent de la violence, de la cruauté et provoquent un malaise chez le spectateur c’est qu’elles touchent justement à des frontières fragiles entre bienséance et sauvagerie.

Or nous voici parvenus dans un univers artistique qui raconte cela la plupart du temps du bout des lèvres comme pour dire regardez je suis un artiste je sais tout cela mais je vais le dire de façon à ne pas trop vous déranger.

A quoi cela sert il en 2019 de peindre de jolis paysages, de jolies fleurs, de beaux portraits, face à un monde qui s’enfonce de plus en plus dans la barbarie. Nous voici pris entre deux types de barbaries d’ailleurs et c’est bien pour cela que la peur devient de plus en plus prégnante.

La barbarie habituelle qui existe depuis le fond des ages, ou il s’agit de tuer, de piller, de violer invoquant je ne sais quel prétexte de race, de religion, et je ne sais quoi encore indique surtout qu’il faut un prétexte pour la laisser se déployer à sa guise. Le prétexte validerait la violence. Mais c’est complètement faux , la violence est souvent sans raison, c’est même dirais je ce qui la caractérise le plus.

On assiste désormais à une nouvelle forme de barbarie, plus vicieuse, plus intelligente, si je puis dire c’est la barbarie économique qui pour accomplir le bien être d’une poignée de nantis est capable de détruire des pays entiers, de détruire des écosystèmes antédiluviens, saccageant tout sur son passage aussi surement qu’un Attila d’antan qui comme chacun le sait une fois le sabot de son cheval ayant foulé un sol aucune herbe ne pouvait y repousser.

La violence depuis toujours serait donc l’état naturelle de l’homme et dans ce cas seuls les plus puissants se seraient transmis ce secret de pères en fils comme une caste jalouse de ne pas partager ses privilèges.

Hier aux informations télévisées j’apprends que 27 personnes seulement détiennent autant de richesses que la moitié de l’humanité alors que l’année précédente elles étaient 50. Imaginez vous les querelles de palais qui se jouent même au plus haut niveau de la hiérarchie du pouvoir..Même eux, et peut-être surtout eux ne sont pas épargnés par cette violence consubstantielle, d’autant qu’ils en connaissent parfaitement l’existence comme les tenants et aboutissants.

Le sage s’en fout qui profite de l’instant c’est vrai. Le problème réside dans cette sagesse qui s’oppose passivement à cette violence. Gandhi a fait beaucoup pour la non violence dans un pays ou la violence est magistrale. Et pour finir il en est mort, assassiné.

Martin Luther King a fait beaucoup pour que les hommes noirs soient reconnus autrement que comme des bêtes et dans une grande mesure il a réussi. Puis il est mort assassiné.

Je ne parle pas de Jésus Christ et pourtant il y aurait aussi à dire car c’est bien toujours le même parcours qui s’effectue d’une voix qui s’élève plus haut et plus fort dans le désert de notre torpeur qui touche nos cœurs, les éveille un instant, puis s’évanouit balayée par le drame.

Les irlandais ont voulu avoir des couilles pour lutter contre l’oppression britannique, ils ont voulu reprendre le flambeau des antiques batailles qui ne souciaient pas de sagesse mais de force et de courage. Et tout cela en vain également.

Qu’est ce qui peut faire bouger les mentalités pour que tout cela cesse ?

L’aventure des gilets jaunes était porteuse d’un espoir se rapprochant de cette volonté que cela cesse et l’on voit bien la difficulté au sein même du mouvement concernant la manière d’agir. C’est ce doute qu’auront relevé les observateurs, les médias toujours à l’affût des failles, et bien sur le gouvernement.

Cette hésitation naturelle entre dialogue et saccage, c’est la même hésitation que tous les braves gens entretiennent quand l’injustice devient vraiment évidente. L’éducation et les valeurs d’une soi disant République incitent à la réflexion et à la mesure afin de protéger ce que celle ci nomme encore  » nos valeurs » . Mais quelqu’un qui a faim et qui doit nourrir ses enfants se soucie t’il vraiment encore de valeurs vraiment ? C’est qu’il faut une sacrée dose de courage et surtout de bêtise pour continuer à respecter les feux rouges quand derrière soi un tsunami rugit.

Nous sommes dans une salle de cinéma et l’incendie vient de se déclarer, notre monde brûle et se déchire sous la montée des tyrannies et des dictatures d’une poignée de cyniques qui eux ne sont pas dans la salle.

Ils regardent les bras croisés comment nous allons nous en sortir sachant que de toutes manières que nous soyons paniqués ou calmes ils en tireront encore les marrons du feu.

Que nous soyons violents dans notre volonté de survie, ils appelleront la troupe pour nous contenir dans le sang et les larmes.

Que nous soyons pacifiques ils pondront de nouveaux décrets pour nous inciter à croire qu’ils nous ont compris mais il n’en sera rien la vie continuera comme avant soyez en certains.

Comme la violence est sans raison le pouvoir est sans scrupule et fera tout pour rester en place. Quelque soit ce pouvoir.

J’en appelle à toutes les bonnes volontés, aux artistes surtout qui ont l’habitude de vivre le risque et de risquer leur vies afin de proclamer la désobéissance générale.

J’en appelle à tous les artistes du monde pour poser leurs œuvres en intermédiaire entre le monde et eux et que le thème soit leur désobéissance, et la notre.

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