C’était juste une petite forme noire et sautillante sur la neige. Alors l’enfant a pris un caillou, l’a placé dans l’élastique, et prenant soin de bien pincer l’ensemble entre le pouce et l’index il a tiré le tout pour le relâcher brusquement et balancer le projectile. Il y avait une chance sur pas mal de possibilités que ça ne marche pas. Mais ce coup là bingo ! Dégommé,  l’oiseau a vacillé un instant et s’est étalé sur le coté en n’ayant à peine eut le temps de déployer une aile.

Le gamin s’est approché en souriant au début. Il croyait à une blague, que l’oiseau allait partir aussitôt qu’il serait près de lui. Mais ça n’a pas bougé, c’est resté là inerte et là le gamin a compris qu’il venait de tuer un oiseau, son premier oiseau.

Alors c’était donc ainsi : le hasard pouvait aussi provoquer ça. Pensa l’enfant. Il ramassa le petit corps et le jeta par-dessus la haie du jardin et il tenta de ne plus y penser.

Il passa néanmoins une journée compliquée après tout il avait tué quelque chose sans le vouloir vraiment. Et ce qui le gênait il se demandait si c’était ce meurtre qu’il avait commis ou le fait qu’il avait agit sans le vouloir vraiment. C’était comme dans l’ordinateur une sorte de tache de fond pénible qui jetait une ombre sur tout ce qu’il avait connu auparavant. Le monde entier semblait avoir changé suite à son acte irréfléchi. Il avait traversé une frontière et se retrouvait en pays étranger.

Il n’en parla à personne bien sur, sans le savoir il sentait que cela n’était pas nécessaire vraiment.

Plus tard il embrassa le père qui rentrait du travail et ils finirent tous la journée après le repas devant une émission qui parlait d’une guerre quelconque quelque part dans le monde. La mère s’était endormie et le père n’était pas loin d’en faire autant, chacun sur leur canapé respectif.

 L’enfant caressait le chien machinalement et puis soudain  la mère se réveilla et lui dit d’aller se coucher, que demain il y  avait école.

Il se coucha et allumant sa lampe torche tenta de reprendre le récit d’une histoire qu’il aimait bien mais les lignes ne semblaient plus avoir de sens. Alors il éteignit la lampe et s’endormit.

En mémoire de R.Carver

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prof d'arts plastiques, fabriquant de tableaux. @patrickblanchon38550 http://patrickblanchon.com

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