Ahcheveux

Ma belle petite fille, parfois utilise des locutions étranges pas toujours compréhensibles pour le dur de la feuille que je suis devenu. De plus en plus je m’aperçois que je fais répéter les gens car mon audition défectueuse ne me fais plus capter qu’une onde brouillée et s’il m’arrivait d’interpréter les dires par timidité, par pudeur envers moi-même, par gène d’être découvert handicapé, je ne le fais plus. En assumant ma demi surdité et en implorant la répétition je mets fin à tous les malentendus possibles désormais.

Ainsi ma petite fille venue en vacances à la maison me toisa un instant puis lança à l’heure du goûter un  » ahcheveux » qui me laissa perplexe un instant.. comme elle indiquait le frigo je ne m’y pas trop longtemps à comprendre qu’elle désirait un yaourt. Je lui demandais tout de même de répéter pour bien être sûr comme par habitude et de nouveau sans ambiguïté elle me redit « ahcheveux » que je traduisais par ah je veux .. quelque chose et en ouvrant la porte et la voyant pointer le doigt précisément sur le pot de yaourt je finis par être certain qu’elle le voulait vraiment.

Les vacances se terminèrent et je ne parlais pas de cette petite péripétie. Pas même à ma belle fille, pas même à mon beau fils ni à mon épouse. Je conservais cela comme une sorte de petit secret entre la petite fille et moi en quelque sorte.

Aujourd’hui je réfléchis sur l’aspect éphémère des choses , de leur inachèvement, et les mots « achevé et inachevé » comme d’habitude je les ai installés sur les deux plateaux de ma pensée pour en peser chacun le moment de prendre mon petit café et de démarrer ma journée.

Ah je veux et achevé sont venus se coller l’un à l’autre bizarrement et cette notion impérieuse de vouloir et d’achever se confondent peu à peu.

Achever c’est terminer quelque chose, c’est aussi tuer quelque chose ou quelqu’un qui est tombé à terre mais qui n’est pas complètement mort encore. C’est vraiment vouloir en finir avec l’être.

Du coup je comprends peut-être un peu mieux ces derniers jours pourquoi je laisse mes toiles en grande partie inachevées … de grands pan de rien qui me donnent comme un espoir de n’avoir pas complètement achevé une idée , un thème, un tableau c’est lui laisser encore une chance de vivre par lui-même et en moi aussi surement. C’est nous dire à tous les deux l’oeuvre et moi, laissons nous encore un peu de temps pour profiter de ce monde et de cette vie ne nous achevons pas trop vite.

Bien sur si j’étais resté comme avant en surface j’aurais pu mal interpréter les dires de ma belle petite fille et comprendre « un cheveux » par exemple, hausser les épaules et partir dans mon atelier .. je remercie la providence de m’aider à prêter un peu plus d’attention aux choses pour contrebalancer mon oreille défectueuse.

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