Désapprendre

Écorce d’arbre Prieuré de Salaise Sur Sanne 38 Photo Patrick Blanchon

Revenir à la source d’un mot c’est désapprendre une illusion, celle que la paresse sans doute avait installée jadis dans la cervelle. Combien de fois ai je cru plutôt que su ?

Désapprendre ce n’est pas jeter ce que l’on a appris mais plutôt le considérer avec un regard neuf.

Souvent la sonorité d’un mot nous est familière, sa musique, nous nous la sommes faite notre à la manière des chansons enfantines et son sens alors n’avait que peu d’importance. Ainsi je me souviens de Zanzibar, de Constantinople, de chemin-de-fer, et de tant d’autres encore qui ne m’intéressaient que par ma gourmandise à les prononcer ou bien par les images qu’ils faisaient naître en moi.

J’ai longtemps refusé d’ouvrir un atlas de géographie pour repérer ces villes qui comme Samarcande notamment ne pouvaient se situer dans la réalité vraie mais plutôt sur une autre carte, un autre territoire que nul sinon moi et Marco Polo peut-être ne foulerons jamais.

N’est ce pas la même chose avec nos souvenirs en général ?

Si nous remontons à la source de ceux-ci pour retrouver l’atmosphère dans laquelle nous les avons construits et si nous ne rajoutons pas trop de couches de mensonges les unes sur les autres. Alors nous désapprendrions que Totor le géant qui montrait son opinel pour tailler les oreilles en pointes aux petits coquins n’était pas un monstre. Ce n’était qu’un brave type que la nature avait affublé d’une taille un peu plus grande que la normale et que son couteau ne lui servait guère que pour découper son pain.

N’est-ce pas la même chose avec les personnes que nous côtoyons ?

Il y a ceux qu’on croit aimer et ceux que l’on croit détester, entre les deux la grande cohorte des figurants de notre théâtre personnel. Ainsi où donc est passé cette jeune fille à qui j’avais juré que je l’aimerais toute ma vie, ou donc est cette mère que je considérais indigne et ce père monstrueux ?

Où donc ce meilleur ami d’un temps qui n’en est plus un..?

Où donc est passé l’engouement que j’avais pour la guitare classique qui me rendait le bout des doigts douloureux à force de pincer les cordes ?

A force sur le chemin de fer, Moi, voyageur a tout perdu de ses bagages.

Il a passé Gibraltar sans même vouloir regarder Tanger, tant celui de Bowles lui paraissait plus réel.

Nous naviguons ainsi d’un bord l’autre de notre vie tantôt sur de frêles esquifs parfois de lourdes caravelles et de temps en temps après quelques bons naufrages nous sommes tentés à nouveau par l’aventure du Kon Tiki ou bien de rester au chaud devant la cheminée en regardant le feu dévorer bien plus que des morceaux de bois.

Et puis j’arrivais au prieuré de Salaise sur Sanne pour visiter les lieux d’une nouvelle exposition et je les vis ces deux arbres . Je veux dire que je les vis vraiment vous comprenez. Je les ai senti là tout comme moi j’étais là, en fait nous étions là tous… et j’ai eu cette sensation étrange que tout avait toujours été là et le sera toujours

Écorce d’arbre Prieuré de Salaise sur Sanne, Photo Patrick Blanchon

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Publié par Patrick Blanchon

prof d'arts plastiques, fabriquant de tableaux. @patrickblanchon38550 http://patrickblanchon.com

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