Susceptibilité

Susceptibilité tempéra sur papier 18×24 cm Patrick Blanchon 2019

Susceptibilité

Pendant longtemps je suis un « écorché vif » Pour un « oui » ou pour un « non », surtout pour un « non » je monte sur mes grands chevaux, possédé par un Gengis Kahn grotesque. Il faut  qu’on m’aime bon dieu ! et qu’on ne me contredise  pas en plus. Franchement, je ne me rappelle plus pourquoi je suis comme ça. Sans doute un putain de manque de confiance en moi.

Mon père est comme ça. Il ne supporte absolument pas la contradiction et je me demande encore pourquoi il a épousé ma mère qui est la contradiction incarnée ? Les gens cherchent ils toujours le bâton pour se faire battre ?

Et puis la vie, le vent, la pluie et le soleil sont passés des milliers de fois sur ma timidité maladive et mon orgueil démesuré. Je crois que je commence à écouter tardivement, sans doute aux alentours de 45 ans, mais comme on dit « mieux vaut tard que jamais ».

Encore une fois c’est par les mots (les maux) que l’opération alchimique s’effectue. Je suis  tellement assuré qu’il s’agit de mes mots personnels ceux qui sortent sans discontinuer de ma bouche, que je ne  prends pas  garde à la définition commune de ceux-ci.

N’est ce pas le comble de la prétention de s’accaparer ainsi le langage sans vérifier que nous en avons bien saisi les fondements ? Ainsi le mot « amour » ne fonctionne  toujours que dans un seul sens : la réciprocité n’est  pas envisagée comme une attente. Si j’aime il est tellement  évident que je suis  payé en retour du même amour. Avoir faim ou soif ne sont-ce pas déjà des bénédictions se suffisant à elles-mêmes ?

Que de malentendus pas seulement dus à un bouchon de cérumen ! Le bouchon c’est ma cervelle toute entière qui fait obstruction.

Je ne comprends  tout bonnement pas qu’on ne puisse m’aimer naturellement alors que je suis  absolument capable de tout aimer d’emblée.

C’est après plusieurs ruptures sentimentales (il m’en faut  un paquet avant de comprendre) que je m’interroge sur le mot amour en profondeur et que je comprends  que les gens en général se fichent  bien du mot en lui-même, non ce qu’il leur faut avant tout ce sont  des « preuves » d’amour. Surtout les femmes j’ai remarqué qui  en sont définitivement friandes.

Pour les hommes il semblerait qu’il existe une sorte d’accord tacite notamment dans l’amitié qui ne nécessite qu’un entretien minimum. Aimer un homme pour un homme engage moins à la falsification.

Car falsification il y a forcément en amour. Comment produire des preuves tous les jours, voir parfois plusieurs fois par jour ? Comment sortir de ce rôle présumé de « mis en examen » perpétuel sinon par les mensonges et la fausse monnaie ?

L’amour doit il envahir ainsi tous les instants de notre vie quand on le déclare parfois imprudemment à l’ « Autre féminin » ?

Soit je ne suis pas tombé sur le bon cheval soit j’ai un problème cardiaque. C’est vers cette seconde hypothèse que je me dirige pendant quasiment une décennie. Au final après plusieurs échecs cuisants oui, je me suis convaincu d’une  incapacité chronique à  aimer comme il faut   car je n’ai pas de cœur tout bonnement.

Si avoir du cœur en amour comme à l’ouvrage demande la régularité d’un coucou mécanique, c’est à dire être frappé du réflexe pavlovien de donner et se donner dès qu’on pense à l’autre, il me semble qu’on ne peut plus parler de liaison, de lien, mais bien d’un enfer sur terre, d’une incarcération magistrale ni plus ni moins.

C’est qu’au bout d’un moment de toutes façons ce que tout le monde appelle l’amour ne suffira pas voilà le coeur, la vraie raison de cette imposture. La passion dure peu, l’habitude elle peut s’étendre sur une vie, et on peut en outre s’emmerder l’un l’autre sans même sans apercevoir au final. Enfin, tant qu’on attend quelque chose de quelqu’un, les preuves vont dans les deux sens, réciprocité des preuves, comme réciprocité de la violence lorsqu’elles s’absentent pour X raisons.

Donc voilà en gros le schéma répétitif : je rencontre une femme, je lui dis je t’aime et au bout d’un moment elle se transforme en furie  face à l’évidence de mon incapacité à fournir la moindre preuve de cet amour. Evidemment je passe les détails comme la danse du paon, la chambre ou le canapé, la brouette de Zanzibar et autre fioritures.

Alors certes de temps à autre je me fends d’un bouquet de fleurs, un bijou, un voyage pour calmer un peu le jeu.. mais ça ne vient  jamais de moi vraiment, plutôt d’une espèce de convention générale qui dit qu’à la Saint Valentin, qu’à  un anniversaire il faille se rendre chez un fleuriste, réserver un restaurant, demander un financement à un banquier pour se rendre chez le bijoutier.

Pour moi l’amour est d’une telle évidence que je ne pense jamais avoir  à fournir la moindre preuve ni même espérer en recevoir, d’ailleurs je suis  toujours  extrêmement mal à l’aise des que l’on m’offre un cadeau. Recevoir un cadeau c’est comme être invité à le rendre d’une façon ou d’une autre. C’est juste du commerce en fait, ce n’est pas de l’amour de la  construction de  confiance entre les gens, une chose rassurante en somme.

Par contre au delà de cet univers sensible, matériel  de l’amour, j’aspire à  autre chose de plus subtil qui ne se  produit jamais ailleurs que dans mes rêves.

Par exemple avoir une pensée partagée, une émotion partagée devant la pluie mouillant les pavés, le cri d’un oiseau déchirant le ciel, être ébloui ensemble par le silence des choses sans avoir besoin d’en disserter durant des heures… hélas pour moi j’ai toujours eu le chic pour tomber sur des femmes qui aiment  au delà de tout que je leur parle (que je les hypnotise ?)  Combien de fois ai je rêvé d’entretenir une liaison véritable avec une sourde muette ?

hors du mensonge de la voix et des mots,hors de nos susceptibilités ( mais sans doute pas des preuves si minimes fussent elles ) ne cherchons nous pas la Cythère magnifique à laquelle nous aspirons tous en vain et que par dépit nous nous acharnons aussi à détruire des que nous entrevoyons la moindre chance de pouvoir l’accoster ?

 

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