Etape de la construction d’un tableau (épopée de Gilgamesh) Huile sur toile format 80×65 cm 2019

Suite à un malentendu communément admis qui raconte en deux mots que l’idée vient du mental, je veux préciser ma pensée sur le sujet un peu plus loin. Une idée n’est pas une élaboration réalisée par le mental, tout au plus le mental peut-il installer des conditions « favorables » à la naissance de celle-ci mais il ne serait en être le géniteur.

L’idée c’est une fête, ça n’arrive pas tous les jours, et ça se remarque vraiment quand ça arrive. Une pensée nous en charrions toute la journée, une pensée cela n’est rien du tout par rapport à une idée.

Une idée illumine la nuit au moins 100 fois plus qu’un phare de kangoo, ce n’est pas peu dire qu’on y voit mieux, bien mieux, carrément mieux qu’en plein jour.

C’est que cette idée est comme un TGV qui passe et nous traverse et si on ne lance pas un grappin pour agripper celle ci on risque de la perdre presque immédiatement à la naissance. Une idée ça ne se laisse pas passer. Une pensée oui on peut en laisser passer un bon paquet, voire toutes, on ne risque rien à laisser passer les pensées, les pensées n’ont jamais emporté ceux qui pensent très loin.

Maintenant, en peinture beaucoup de personnes se sont mises à parler d’énergie. On flanque des couleurs sur une toile et c’est de l’énergie, parfois aussi on appelle ça de l’énergie quantique … ou encore « montrer le mystere des choses » c’est à la mode disons. Je n’ai rien contre je tiens à le préciser tout de suite, moi même je me suis essayé à cet exercice de libérer tout un tas d’énergies sur mes toiles, mais j’ai du mal à considérer ça comme une idée en peinture voilà tout. D’abord parce que je me suis plus défoulé qu’autre chose et que finalement ce n’était pas forcément destiné à être apprécié par autrui, c’était un sorte de rituel que j’entretenais avec les divinités gardiennes des pigments et des enduits et autre accessoires propres à ma pratique plastique. Mais aucun ange, aucun démon, n’est jamais venu tenir mon pinceau à ma place, enfin j’espère que je m’en serais aperçu le cas échéant, vue que j’ai toujours la tête dans la lune.

J’ai longtemps mélangé démarche plastique et démarche artistique en fait et depuis que je m’attache vraiment à séparer les deux, un vaste univers s’offre à ma conscience de ce qu’est l’art mais bien sur aussi la peinture.

Je le répète donc encore n’importe qui peut s’improviser peintre et même exposer son travail. Amateurs et professionnels sont tout aussi capables de produire des tableaux qui seront « jolis » ou « intéressants ». Mais ce qui va vraiment faire sortir un artiste peintre du lot ce sont les idées qui l’animent pour élaborer sont travail. Il est même évident désormais pour moi que l’idée prime tellement que je pourrais abandonner ma pratique plastique habituelle et par exemple créer une installation, une vidéo, un texte, ou une émission de radio si le point de vue que je désire emprunter pour valoriser cette idée l’exigeait.

Avoir une idée et ne pas la laisser filer, l’exploiter jusqu’au trognon si j’ose dire et même plus (je mange aussi les trognons de pomme et ne conserve que la queue) cela demande de l’énergie aussi bien sur pour la mettre en oeuvre. Mais c’est une énergie canalisée alors, cela n’a rien à voir avec le grand n’importe quoi qu’impose à peu prés partout le revival New age.

Alors l’énergie généralement est accompagnée du terme spontanéité. Encore une observation sur ce couple très en vogue. Comme un malentendu n’arrive jamais seul, la spontanéité en peinture ne s’improvise pas forcément, je dis pas forcément car il peut toujours y avoir des exceptions bien sur, des autodidactes qui ont le sens à la fois de la couleur, de la ligne et de la masse de façon spontanée, à part chez les jeunes enfants, je n’en ai pas rencontrés beaucoup. Peut-être un ou deux mettons.

C’est que pour devenir spontané, il faut d’abord beaucoup apprendre, on l’oubli assez facilement. On peut regarder un potier monter un vase et se dire mais oui ça à l’air facile suffit d’avoir le tour électrique et je fais ça les doigts dans le nez. C’est que les gens vivent tellement désormais dans le monde des satisfactions immédiates qu’ils ne voient plus les choses qu’au travers de ce filtre: la facilité et la spontanéité.

En fait rien du tout n’est vraiment facile à part pour les imbéciles. Plus on avance en age plus on mesure son pas, plus on avance en peinture plus on retient son pinceau. Ce n’est pas que l’on ne veuille plus être spontané, non ce n’est pas ça, c’est qu’on a envie que ça dure plus longtemps justement, à la limite tirer à nouveau la langue comme quand j’apprenais à écrire au porte plume ne me déplairait pas du tout.

Ah oui parce que j’ai oublié de vous dire une chose importante, lorsqu’on croit qu’on sait quelque chose dans le domaine de l’art il faut se méfier, croire qu’on sait fait perdre un temps fou. D’ailleurs voyez comme j’ai encore du mal à la boucler et pourtant j’en suis tout à fait sur désormais, à part en avoir une idée qui me traverse de temps à autre sur l’art et la peinture je n’en sais vraiment pas grand chose et je me suis aperçu que plus j’avance d’année en année moins j’en sais.

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prof d'arts plastiques, fabriquant de tableaux. @patrickblanchon38550 http://patrickblanchon.com

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