La sentinelle

répétition sur fond orangé. Patrick Blanchon huile sur toile 2019

Pendant qu’ils picorent les oiseaux notamment les moineaux ont crée un stratagème remarquable. Pendant que toute la troupe se goinfre allègrement, il y en a toujours un qui ne mange pas et qui se tient à l’écart pour surveiller les dangers éventuels. Quand j’étais gamin je guettais celui qui guettait dans tous les groupes d’oiseaux que j’apercevais et je ne sais pourquoi mon cœur se serre encore devant cette réalité magistrale : Les oiseaux pas plus que le reste du vivant sont loin d’être tous cons.

Dans nos sociétés désormais on n’accepte que du bout des lèvres les SDF dans nos villes et les commerçants , les régies d’immeubles, voire pire aménagent les espaces urbains où les pauvres pourraient trouver un refuge temporaire afin de créer des obstacles au confort minimum qu’ils pourraient y trouver. Ainsi les plots pointus pour ne pas s’asseoir, les barres de tout acabit pour ne pas s’allonger, les bancs sans accoudoirs et maintenant sans dossier. C’est que la ville et la société ne veulent plus voir ce qu’elle produisent en creux. Il suffit de regarder 5 minutes la pub à la télé et de tout de suite se rendre dans un quartier populaire comme celui de Château Rouge, de la goutte d’or et ce genre de lieux dans toutes les capitales pour se rendre compte de l’intervalle qui s’est démesurément creusé entre le « do » et le « ré » de cette mélopée de la modernité. Plus qu’un silence permettant à la musique de s’élever, il est plutôt question d’un non dit global dans lequel le SDF comme mon moineau de tout à l’heure ne becquetterait pas pour que tout le monde festoie à s’en faire péter la sous ventrière en toute bonne conscience.

L’artiste là dedans est à peu près logé à la même enseigne. Je pense aux comédiens de spectacle vivant par exemple qu’on expulse de locaux qu’ils louent depuis trop longtemps et qui ne rapporte plus assez d’argent aux propriétaires. Je pense aux petits ateliers d’artisans, à tous ces petits métiers d’antan, que la grosse entreprise de démolition via le « centre commercial » flanque par terre et hors des bourgs afin que des agences bancaires, des magasins de fringues et des bobos trouvent pignon sur rue.

Autrefois le bateau lavoir à Paris était un lieu accessible pour les artistes. J’ai pu avoir la chance au grès de mes pérégrinations de me rendre chez une connaissance qui avait décroché une résidence dans ce fameux lieu. Bon Dieu me suis je dis, quelle splendeur… tout était blanc aseptisé, vaste et lumineux. Ce n’était absolument pas prévu pour cochonner. D’ailleurs la connaissance en question ne peignait pas beaucoup. J’imagine que dans des lieux pareils on a plutôt tendance à faire des brunch et à agrandir son carnet d’adresses.

Tout ça pour ça , pour institutionnaliser les artistes, les chouchouter comme on chouchoute une équipe de bousiers avant la course. Et en créant surtout une création dite borderline bien sous tous rapports, vendable, spéculable, lamentable quoi.

Fort heureusement, on ne peut lutter contre la nature des choses qu’en en sortant vaincu. C’est pourquoi il existera toujours des moineaux qui se la sautent, des SDF qui choisiront la foret plutôt que la ville et des artistes inconnus préférant la paix pour avancer dans leur job plutôt que de jouer les joueurs de flûte au château.

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