Tous vos amis s’en vont, vous êtes mauvais goût.

Portrait d’un âne d’aprés Chagall

C’est depuis quelques temps un constat, je n’ai plus goût aux mêmes choses. Avant mes narines frémissaient presque d’extase quand une fille passait et que je captais une fragrance de Chanel dans son passage, désormais je préfère le parfum brut des aisselles. On était à l’heure de l’apéro j’allais commencer à la ramener… mais tout le monde s’est vite barré.

Le bon goût est comme le bon sens la chose la mieux répartie du monde, il n’est même que bon sens c’est à dire que si vous désirez bifurquer, emprunter des chemins de traverse, herboriser, ou errer, tôt ou tard vous finirez pas perdre le « sens commun » et à devenir « mauvais goût » comme dans le poème de Rimbaud qui rappelle le manque de sérieux qu’on a vers 17 ans et à la fin il ajoute  » quand on a des tilleuls sur la promenade. »

Je ne sais pas si vous êtes comme Rimbaud et moi, mais c’est tout à fait vrai que les tilleuls …ça rend dingue, surtout les soirs d’été. Mais comme plein d’autres choses.

Mais bon aller vers les tilleuls égare et rend seul. A partir de là certains en souffriraient car la solitude affecte aussi le goût de l’eau et surtout celui du vin, impossible pour moi désormais d’en boire seul, ce serait une faute de goût. Je me dégoutterais d’avoir passé tant d’années à pratiquer l’ascèse comme le renoncement en matière de spiritueux et soudain replonger me donnerait l’impression d’annuler tous mes efforts.

C’est que lorsqu’on s’est appliqué à construire quelque chose on n’apprécie pas d’être conduit pour une raison ou une autre à le délaisser voir le détruire. C’est pour cela que malgré tout que les couples durent, que les entreprises continuent à tourner, et que l’église est encore à peu prés debout. Il est de « bon ton » ou de « bon goût » de tenter au moins de maintenir, d’entretenir, l’idée d’aller jusqu’au bout. Le bout de quoi ? on ne sait pas mais c’est pas grave on verra bien.

Ma mère lorsque je lui demandais expressément quelque chose avait plusieurs cordes à son arc pour m’indiquer s’il était de »bon goût » d’avoir de l’espoir ou pas. Soit elle disait carrément « non » et là j’étais tranquille je n’insistais même pas, soit elle lâchait un « on verra » auquel je m’accrochais alors comme la misère sur le pauvre peuple. J’étais capable de la harceler durant des jours après un « on verra » et de fermer mon bec après un « non » fermement énoncé.

C’est que dans le « on verra » il y a vraiment une lâcheté, un « mauvais goût » qui se précise au fur et à mesure du temps et finit presque toujours par une déception bien plus cruelle que celle du « Non » catégorique. les dentistes savent très bien de quoi je veux parler vous avez mal là ? Non et crac la dent est arrachée d’un bon coup ça ne lambine pas. Alors que la technique du clou de girofle … ça dure et au final les dégâts sont bien plus redoutables.

Le « bon goût » jadis était une manière de bien se tenir et de bien voir et de bien vivre aussi , je ne sais pas mais j’imagine que pour conclure ça devait aussi nécessiter de bien mourir aussi. Disons pour résumer qu’il devait y avoir une relation avec « le sens du beau » partagé par le plus grand nombre encore une fois.

On ne se posait pas tant de questions en ce temps là soit une chose était belle soit elle était vulgaire, et puis le bon gout est devenu « l’esthétique » et du coup petit à petit on a finit par lâcher le beau pour se rendre vers le juste. je vous résume en une deux phrases tout un tas de livres de philo sur le sujet.

C’est d’ailleurs pour cela qu’il y avait aussi les artistes de bon aloi et ceux de mauvais gout, on a même crée un salon des « refusés » pour ces derniers. De mon coté mais ce n’est encore que mon avis, les refusés d’autrefois sont devenus ceux de bon aloi d’aujourd’hui … enfin une grande partie d’entre eux il n’y a qu’à aller voir les musées. Si ce n’est pas du foutage de gueule ça et du mauvais gout élevé à la hauteur d’un sacerdoce je me demande bien ce que c’est.

Tout cela le bon gout le mauvais gout c’est que de la politique et du commerce encore une fois. Avoir du gout c’est comme avoir une opinion , pour construire ton gout comme ton opinion y a les sondages et les musées. Apres tu peux te pavaner tranquillou dans les bistrots si tu veux mais en règle générale on n’aime pas trop ceux qui causent trop bien dans les bistrots. On trouve que ça donne un mauvais goût au pinard, et puis on vient là pour être en paix non ?

Mais ou est donc ornicar ? Patron encore un petit blanc siouplé !

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