Conversation avec un agent

Carbonisé, fossilisé mais toujours là .

Ce matin j’ai été contacté par un agent artistique qui me propose d’exposer dans un salon que cette personne organise. Le lieu semble alléchant, géographiquement la densité de personnes susceptibles d’acheter des œuvres d’art semble beaucoup plus importante que dans mon petit coin d’Isère, sinistré par le chômage, étrillé par les impôts, et pollué par la fumée nauséabonde des usines insomniaques.

Ce qui m’a surpris c’est que j’ai eut du mal à en placer une. J’ai eu droit à un flot continu d’explications sur l’activité de cette personne, ses motivations en tant qu’agent, et la déplorable mentalité du paysage français en matière de reconnaissance envers ses artistes. S’intéresse t’elle vraiment à mon travail cette personne ? écoutez, franchement, je n’en sais rien car elle ne m’a posé aucune question le concernant. Ce qui aurait pu froisser mon narcissisme naturel si, en miroir je n’avais du assister à l’expansion du sien. Ce constat m’a en tous cas permis de ne pas succomber à un excès d’orgueil, et donc de prendre la bonne distance par rapport à mes illusions premières et ce qui était en train de se jouer par l’intermédiaire de nos smartphones respectifs.

Comme vous le savez peut-être ma stratégie désormais est d’éviter de payer tous les parasites qui ne cessent de tourner autour de mon personnage d’artiste. Alors je n’ai pas dérogé à cette règle malgré la somme modeste qu’il m’était proposé de poser sur la table. Je sais bien qu’il faut que tout le monde vive, les agents comme les artistes mais trop c’est trop et je suis vraiment parvenu à saturation de ce genre de pratiques.

Du coup j’ai eu droit à une longue tirade sur les nécessités du marketing, et nous avons enclenché sur tout un tas de miroirs aux alouettes comme il se doit à la surface desquelles j’ai pu me projeter à Genève, New York, Hong Kong et je ne sais quel autre endroit encore car j’avais une désagréable sensation de vertige et de tournis.

Des questions sur mon travail, sur qui je suis, aucune. Heureusement que j’ai des accointances avec la philosophie bouddhiste, quelques notions sur la vacuité des choses de ce monde, et au final une compassion pour tous les êtres vivants qui se débattent dans la douleur d’exister… j’aurais pu mettre fin à cette conversation plus rapidement sinon. J’avoue que la compassion à un moment m’aura fait hésiter mais la lucidité finalement à repris le pas.

Je n’ai pas renoncé à trouver un agent artistique pour autant. Et j’espère que ce petit texte apportera de l’eau au moulin de celles ou ceux qui contactent les artistes un peu au hasard sur un vague coup de cœur bucolique accordé sur Facebook ou Instagram. Le plus joli de cette petite expérience c’est que cette personne à la fin a voulu me faire prendre conscience que nous avions perdu du temps dans une discussion stérile. C’est bien dommage de l’avoir pris ainsi car moi j’ai l’impression au contraire d’avoir fait un bond quantique dans ma connaissance du monde des agents artistiques.

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