Sois dynamique !

Portrait d’un âne d’après Chagall. Patrick Blanchon 2018

C’est un ordre plus qu’une imprécation, du moins c’est comme cela que je le prends. Non pas comme un conseil, une invitation, car on ne reçoit pas de baffe si l’on fait défaut dans ces cas là. Et des baffes et des coups de pied au fesses j’en ai reçus tellement de ne pas avoir été suffisamment dynamique que si je n’obtempérais pas si facilement que ça c’est que je crois que je ne supportais pas le ton avec lequel on me le disait. Cet énervement mêlé à la déception avec un zeste d’agacement était pour moi le signal d’une fragilité certaine qu’il fallait à tout prix ne pas me laisser m’envahir. J’étais donc d’une mollesse fabuleuse juste pour faire chier mon père. Du moins c’est ce que j’ai pu penser un moment. En fait la vérité comme d’habitude est ailleurs.

Quand je le revois, propulsé par une invitation maternelle à entrer dans le personnage du bricoleur, certains dimanches, je crois que mon premier réflexe avant que je ne prenne la mesure de son incompétence , était de vouloir l’admirer.

Mais une fébrilité telle s’emparait de lui, qu’il devait perdre à peu près tous ses moyens et reportait copieusement sa faiblesse sur le premier venu. En l’occurrence, moi. Il y avait toujours un clou qui se tordait qui n’était pas le bon, un marteau oublié qu’il fallait retrouver, une scie qui pétait et dont on ne retrouvait pas la lame de rechange. Les séances de bricolage de mon père avaient vraiment quelque chose d’homérique.

J’en ris car moi aussi quand je bricole j’ai tendance à tempêter tout haut, à en vouloir au monde entier, à me frapper copieusement sur les doigts. Bref j’ai hérité de ce travers que nous possédons de père en fils.

Si je remonte à la source, je ne remonte pas bien loin. A mon grand père, le père de mon père. Qui d’une nature bonhomme et plutôt j’m’en foutiste tout bien pesé, était aussi un drôle de bricoleur. Lui son truc c’était le guingois. Il montait les piliers de traviole, les murs penchaient terriblement, rien n’était d’équerre et tout allait très bien aller comme ça. Il était d’une nature optimiste et on ne pouvait guère l’attrister par la moindre réflexion sur ses capacités de constructeur pas plus que de bâtisseur. Il allumait une gitane blanche sans filtre regardait son interlocuteur bien droit dans les yeux puis disait, on verra bien et si on allait s’en jeter un petit, et le tour était joué. Il s’en foutait complètement. Il s’était barré de la maison pendant 12 ans pour aller acheter une boite d’allumette… on ne pouvait plus lui dire plus qu’à son retour ma grand-mère.

De mon côté la vie m’a amené à côtoyer à peu près tous les corps de métier du bâtiment si bien que j’ai à peu près de bonnes notions en tout, aussi bien en Electricité, en plâtrerie, en maçonnerie, en plomberie, et en tout un tas de choses qui ne me viennent pas à l’esprit au moment où je suis en train d’écrire ces lignes.

Mais malgré tout je ne peux m’empêcher de râler quand je dois bricoler. qu’une seule vis me résiste et c’est alors la fin du monde, je crois que je pourrais en pleurer de rage. Mais finalement, une fois la crise passée, je finis par la boucler et à conclure la tâche quelle qu’elle soit. Cela fait beaucoup rire mon épouse désormais mais au début elle était assez surprise et effrayée.

Généralement quand je bricole cela se passe en deux temps, voire trois.

D’abord il faut que quelque chose me résiste pour laisser sortir ma fureur que l’on comprenne bien que ça m’ennuie profondément de bricoler et que j’aurais surement un tas d’autres choses bien plus intéressantes à faire dans la vie…

Ensuite je réfléchis je me calme car je sais pertinemment que je ne couperais pas à ce genre de travaux, trop coûteux à faire faire par autrui bien souvent.

Ensuite je suis envahit par une patience et une pugnacité infinie, et je réalise à peu prêt tout dans une sorte d’abnégation magistrale.

Je crois que dans cette expérience du bricolage je veux beaucoup réparer de choses anciennes pas seulement remettre un gond, installer un va et vient, ou changer une ampoule fichue, et puis mon père et mon grand-père sont enterrés bien loin du village où je vis désormais. Mes séances de bricolage, c’est un peu de petites Toussaint que je leurs dédicace secrètement.

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