Renoncer à sa légende d’artiste

Est-ce si nécessaire que cela pour attirer le chaland à l’étalage de nos œuvres de bâtir une légende d’artiste ? Il m’est avis que non et c’est bien un de mes plus importants blocages dont je viens vous faire l’aveu ici.

Quand on pense à un Picasso, un Dali, un Modigliani, nulle doute que ces « personnages » dont nous sommes victimes de leur luminescence fossile en les plaçant à l’Olympe du monde de l’Art ne sont au final que des légendes fabriquées plus ou moins consciemment, soit par eux-mêmes, soit par leur entourage, soit par les marchands qui de tout temps connaissent bien l’impact que procurent les histoires, appelons les désormais « Story telling » puisque l’anglicisme va de paire avec « marketing ».

Bien sur il est d’usage désormais de raconter des histoires pour mieux positionner une marque de lessive, une opération humanitaire, et même les œuvres d’art. Le succès rencontré par l’émission « D’art d’art » ne démentira pas mon propos quant on comprend que ce sur quoi on veut attirer l’attention du public n’est qu’un secret à dévoiler, un message caché, une énigme à résoudre.

De là à ce que le moindre peintre se creuse désormais le ciboulot pour raconter son histoire, qu’elle soit vraie ou arrangée, YouTube nous apprend que c’est devenu un impératif minimum.

Moi-même cher public je n’ai pas dérogé à cette règle en narrant mes petits tourments, racontant mon enfance, mon adolescence, mes crises d’acné et si je ne suis pas entré dans les détails plus avant c’est que j’essaie d’arrêter l’onanisme conjointement à la consommation de tabac. Evidemment j’ai encore quelques rechutes mais il me semble malgré tout être sur la bonne voie.

Je n’en tiendrai pas rigueur à Philippo Lippi, mais quand la signature compte plus que le tableau lui même c’est qu’il y a une déviance quelque part. Je veux dire quand la signature évoque un personnage, que ce personnage évoque une légende, et qu’au final le tableau finit par disparaître du champ de vision, noyé dans le brouillard féerique des interprétations masturbatoires de l’auteur, de ses marchands, ou des critiques payés à la pige.

J’ai passé un temps fou à vouloir écrire ma  » bio » mon histoire d’artiste. Des pages et des pages et cependant une fois ce mauvais moment passé, ma force d’inertie aidant, je ne me suis jamais vraiment résolu à la publier comme cela devait être le but. Une gène, peut-être un peu de pudeur mais pas seulement, m’en a préservé. C’est surtout en fin de compte l’élaboration d’un récit de fiction car qui suis je vraiment pour détenir la vérité de ce qui s’est passé dans ma vie. Il n’y aurait qu’à demander à ceux qui m’ont fréquenté pour obtenir un son de cloche fort différent j’en suis certain, alors trouver une cohérence qui ne satisferait au final que moi, m’a semblé être à nouveau une tricherie magistrale et j’ai décidé de laisser ce récit dans un dossier de l’ordinateur.

Ce n’est pas que je sois honteux ou fier de ma vie, non mais je crois finalement que de trop en dire nuit gravement à la suggestion. Alors pour me présenter finalement il n’y aurait que les faits et juste les faits qui me semblent valables, mon année de naissance, attestée par un certificat administratif, comme mes diplômes, mes différents actes notariés de mariages et de divorces, mes expos, mes tableaux et le reste finalement appartient au silence.

En tous cas sans doute est ce d’en avoir déjà trop écrit, trop dit que j’en ressens un vertigineux dégoût, une impression de faux propre comme on en respire à la la laverie du coin de la rue . Finalement l’expression laver son linge en public dépeint assez bien ce que j’ai voulu faire m’installant en héros Cervantesque alors que somme toutes je ne suis que son Sancho Pansa.

C’est possible d’en mourir d’ailleurs c’est bien ce qui advint à Don Quichotte dans le second volume de ce roman magnifique, quand les chevaliers ennemis redeviennent de simples moulins à vent et que la Dulcinée de Tobosco retrouve ses varices et son langage de poissonnière.

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Publié par Patrick Blanchon

prof d'arts plastiques, fabriquant de tableaux. @patrickblanchon38550 http://patrickblanchon.com

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