Cette étrangeté familière

Mais qu’elle est cette étrangeté qui comme une révélation surgit soudain familière sans que l’on ne puisse poser de mot sur elle au risque de la voir s’évanouir ? C’est comme un livre autour d’un centre qui ne saurait se livrer que par tâtonnement, et dont l’impact sur nos nerfs se propage comme une traînée de poudre dans l’inconscience, l’éclairant aussi brièvement qu’elle disparaît soudain , comme la photo qui par ses ombres surgit dans le bac auréolée de mystère sous la lampe rouge, comme une peinture que l’on fait sienne dans la surprise, dans cet émoi qui sourd au premier regard, et à la façon de certains rêves laisse à l’âme entière l’empreinte d’un « je ne sais quoi » appréhendé aux dépens de la mémoire.

Peut-être parce que justement il n’est à cet instant pas question du passé mais de présent.

Le propre de cette étrangeté alors serait de nous faire recouvrer la vue momentanément, le temps d’une fraction de seconde qui se pose familière en éternité.

C’est un éveil qui nous extirpe de la gangue habituelle des choses et de la durée.

Il est possible que cela soit la seule raison valable vraiment qui relie tous les actes créateurs de mon parcours de photographe, d’écrivain, de peintre, cette quête d’insolite pour recouvrer la vue sur l’ordinaire et le banal, dont je n’ai jamais été persuadé de l’existence tangible.

Bien sur on peut s’aider d’une sorte de guide que nous appelons « nouveauté » au début. L’inédit n’est cependant jamais à l’extérieur de nous. L’inédit comme le banal, sont des points de vue. Et nous pouvons changer notre « point d’assemblage » avec le monde d’un simple clignement de l’œil avec un peu d’entrainement.

Ce qui relie cependant tous ces points de vue, le fil d’Ariane, c’est me semble-t’il cette étrangeté, effrayante sans doute les premières fois, mais qui s’apprivoise avec les années quand l’être érodé par la banale quête du nouveau et de l’avoir s’assoit tranquillement pour reconsidérer le monde en soi.

Alors reviennent les chants d’oiseau, le parfum des herbes coupées, la sensation du vent sur la joue, comme le goût de l’eau, la transmutation s’achève, l’étrangeté est devenu familière, nous ne sommes plus des inconnus.

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