Une ombre au tableau

Le premier contact avec le second ne nous laissa pas songer que le voyage allait être une sinécure. C’était un homme complexe qui pouvait passer du sourire au mépris en une fraction de seconde et que rien ne semblait jamais surprendre. Son rôle était de relayer l’information venant du capitaine et veiller à ce que les ordres soient exécutés à la lettre.

Sa palette était si vaste que du matin au soir ce caméléon d’homme endossait mille costumes pour remplir au mieux ses fonctions. Tantôt amical, tantôt rude, tantôt doux tantôt coupant nous ne savions jamais l’axe principal de sa personnalité sauf qu’il ne paraissait fiable qu’aux seuls yeux du capitaine, quant à nous nous évoquions l’anguille à la fois poisseuse et glissante pour le dépeindre, nous n’avions guère d’estime pour le personnage, qui nous le savions ne semblait pas connaître la charité ni la pitié.

Sa philosophie était aussi étrange qu’ésotérique et souvent c’est par l’inversion des valeurs communes qu’ils tentait de nous enseigner la volonté du capitaine. Face à l’honnêteté il ricanait en traitant d’idiot celui qui voulait donner des preuves de celle ci, et il félicitait les voleurs lorsqu’il les surprenait la main dans le sac et que ceux ci pour se défendre, mentaient comme des arracheurs de dents. Il les félicitait mais disait il pour leur retirer tout poids de culpabilité à venir , il leur tranchait la main ou leur coupait la langue avec une petite épée qu’il arborait la plupart du temps à la ceinture.

Nul ne savait quand le second allait apparaître. furtif et souple comme un félin il surgissait toujours quand on ne s’y attendait pas et il nous toisait comme si de toutes façons nous étions en train de commettre une erreur. Depuis le début du voyage peu d’entre nous sinon aucun ne se trouva exempt d’une sensation de malaise, à mi chemin entre culpabilité et rogne, le poison inoculé avait mis peu de temps à envahir nos cœurs.

Seule la promesse du gain à venir, l’or et les bijoux et nos rêves de rentier lorsque nous atteindrions enfin le nouveau monde nous permettaient de conserver patience et soumission. Le second n’avait pas son pareil, le soir après le dîner pour nous conter de fabuleuses histoires sur l’or des incas, et le grand serpent à plumes qui volait dans l’air pur au dessus des lacs à grande altitude.

Comment savait il toutes ses choses, nous l’ignorions quant à nous, mais personne n’aurait eu l’audace même de penser qu’ils ne s’agissait que de contes pour enfants. Lorsque on le voyait parler il semblait se rappeler tant la précision des détails était nette à nos pauvres yeux de profanes.

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Publié par Patrick Blanchon

prof d'arts plastiques, fabriquant de tableaux. @patrickblanchon38550 http://patrickblanchon.com

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