Comment je suis parvenu à détester Julien Clerc

Je crois que ça commençait par

«  » « À quoi sert une chanson si elle est désarmée? »
Me disaient des Chiliens, bras ouverts, poings serrés « 

Nous étions dans les années 90 et encore une fois de plus je me retrouvais perdu dans la ville sans but et sans autre ambition que d’en acquérir une ce qui me faisait perdre un temps fou. Et puis Julien Clerc a chanté dans le poste de radio et là j’ai eu les boules et j’ai été étonné parce que ce gars là ne m’avait jamais rien fait, il chantait juste qu’il voulait être utile et ça m’a énervé.

C’était comme la naissance d’un mot d’ordre auquel j’allais assister et qui allait se vérifier dans la suite des années à venir. Finit de perdre son temps il faut absolument être utile, et moi bien sur je me trouvais complètement, parfaitement inutile bien sur d’ou le chiasme.

Oh détester est peut-être exagérer mais il me fallait un titre accrocheur, qui peut bien détester un chanteur de variétés dans le fond ? Non ce que j’ai vraiment détesté à l’époque c’est plutôt ma sensation d’inutilité au final pour ne pas dire moi tout entier bon à rien.

A trente ans je voyais tous mes amis se ranger, acheter des appartements, des maisons, avoir des gamins, bref l’un après l’autre quittait le navire de l’errance que nous partagions et au final je me retrouvais tout seul à bord perdu dans la tempête de doutes opaques sans visibilité, déçu après tant d’espoirs fébrilement nourris.

Quelle idée de créer une chanson sur la volonté d’être utile c’était comme un camouflet qui m’arrivait par les ondes à chaque fois que j’allumais la radio.

En fait ma différence était ma résistance à cette idée d’utilité je crois qui allait se développer dans toute la société jusqu’aux frontières de l’absurdité apparente. Désormais il y a des gens qui veulent se rendre utiles en défendant la cause animale, en invoquant qu’ils sont des « individus » comme toi et moi.. dans les années 90 c’était une idée qui faisait sourire, on voyait Brigitte Bardot entourée de teckels et de bassets et on se disait que cette dame vieillissait un peu mal en s’agitant pour les bébés phoques .. bref les temps changent et la notion d’utilité comme une graine a produit tout un tas de trucs bizarres mais ces bizarreries font la société dans laquelle nous vivons désormais.

Pour en revenir à la peinture « utile » était aussi une obsession de Vincent Van Gogh lorsque je lisais sa correspondance avec Théo son frère, cette occurrence est perpétuelle dans chaque lettre ainsi que la plainte du manque d’argent.

En réfléchissant à ma vie et à cette notion d’utilité je crois que nous serons toujours utiles de toutes façons quoique nous fassions ce n’est pas la peine de se prendre la tête de trop avec ce concept. Tu sais même le clochard devant le tabac est utile au final car il te permet de te dire ouf j’ai de la chance d’avoir un toit sur la tête et c’est comme cela que ma colère ou mon agacement envers Julien Clerc et moi même se sont apaisés.

Ah et puis une chose encore ce qui me gênait dans l’utilité c’est quelle semblait devoir faire fi de la poésie, de l’imagination, il lui fallait un cadre. Mes résistances à la notion commune ( purement imaginée par moi ) ne seront que des tentatives pour comprendre la nécessité de cadre, de contrainte, de répétition et ce malgré toutes mes errances mes égarements apparents.

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