Pourquoi je n’ai jamais pu accrocher à Marcel

Bien sur ce n’est pas très important, mais je tenais à vous le dire justement parce que ce ne l’est pas. Avez vous remarqué que nous plaçons l’importance à des endroits mystérieux et bizarres ? Dans ce qui m’occupe l’esprit aujourd’hui c’est mon obstination renouvelée à ne pas prend le temps de lire  » A la recherche du temps perdu » de Marcel Proust.

Ce livre nombre de mes bons amis l’ont dans leur bibliothèque et même parmi eux certains ont pris le temps de le lire, nous n’en avons jamais vraiment parlé. C’est un mystère.

Peut-être que comme moi certain l’ont acheté un jour en se disant : il faut vraiment lire Proust et puis ils l’ont déposé sur une étagère et le temps est passé et ils ont toujours trouvé un prétexte pour ne pas prendre le temps.

« Prendre le temps » cela vaut la peine de s’arrêter un moment sur la locution. Car il semblerait que bon nombre de choses que nous laissons de coté n’ont pas une importance suffisante pour que nous leur accordions du temps, ce bien si précieux.

J’écoutais il y a peu un Youtubeur de renom évoquer ce que peut coûter une minute suivant qu’on soit riche ou pauvre. Je n’avais jamais songé à cela mais certain voient les choses ainsi : si leur revenu d’une année entière peut se diviser par 525600 minutes et qu’à chaque fois qu’ils ne font rien de leur temps ils constatent une perte financière il y a de quoi avoir des sueurs froides.

J’ai fait le calcul mais j’ai préféré éclater de rire plutôt que de trépigner ou de fondre en larmes, mon temps à l’aune de l’or de vaut pas un pet de lapin. Raison de plus pour lire Marcel Proust puisque je n’ai presque rien à perdre au final me diriez vous et pourtant non, je résiste, ou plus exactement une étrange inertie s’empare de tout mon être.

Est ce la fréquentation précoce des cailloux, des arbres et des eaux immuables qui s’écoulent à l’infini dans le lit du fleuve de mon enfance qui m’ont appris cette patience étonnante que d’aucuns qui ne la connaissent pas nomment inertie ?

Ne la connaissent ils pas d’ailleurs ou leur fait elle peur ? Ne font ils pas tout pour ne pas se laisser terrasser engloutir par cette patience qui nous place dans une échelle de temps proche de l’éternité ?

« Longtemps je me suis réveillé de bonne heure…  » Rien que cette phrase explique déjà le livre tout entier et c’est sans doute le génie d’un écrivain digne de ce nom d’avoir la charité de fournir dans la première phrase du premier chapitre d’une telle oeuvre la clef pour comprendre son oeuvre toute entière sans pour autant imposer ni l’obligation ni le plaisir de la lire.

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