Les héros de mon enfance.

Chez les grecs anciens qui n’étaient pas que des idiots l’art de la tragédie, du théâtre, mettait en scène des héros contradictoires afin de traverser la vaste panoplie des passions humaines de façon publique et surtout citoyenne.

Rien n’a changé vraiment depuis, nous n’avons guère fait mieux en matière de théâtre comme de cinéma ou de télévision , à part que la citoyenneté n’est plus ce qu’elle était du temps d’Euripide ou de Sophocle.. La notion de héros en aura pris un coup dans l’aile et je ne sais s’il faut s’en plaindre ou s’en réjouir, mais c’est comme ça.

Quand Zorro est arrivé sur les postes de télé noir et blanc de mon enfance c’était super facile encore de s’identifier à ce cavalier masqué qui maniait l’épée avec la même dextérité que moi le bâton. J’allais au garage d’à coté chez le pere Renard pour récupérer de grandes chambres à air de camion dans lesquelles au grand dam de ma mère je taillais de magnifiques « holster »à revolver avec ses ciseaux de couture afin de placer la carabine de l’homme à la carabine et qui alors n’était qu’un pauvre morceaux de bois emprunté sauvagement à la tonnelle de la maison. Puis il y eut les frondes et j’oscillais tour à tour entre les récits de héros bibliques et Thierry la Fronde pour parvenir au manche de pioche enfin lourd à manier comme les épées de croisés de Thibaud des Croisades.

Ce besoin, cet appétit insatiable de m’identifier ainsi à des héros me permettait ainsi de me créer un univers parallèle dans lequel j’explorais toute ma rage d’enfant maltraité tout mon désespoir aussi en étant à des milliers d’années lumière de toute idée de citoyenneté.

La notion de héros me permettait alors de combler le vide énorme que provoquait l’incompréhension, l’absurdité des comportements adultes que j’observais et qui souvent risquait de m’annihiler totalement . Devenir le héros de ma propre histoire c’était déjà admettre la possibilité d’une histoire finalement, c’était sans que je ne m’en rende compte un premier acte créatif poussé par la nécessité.

En grandissant les héros se sont fait plus discrets, ils ont fini par vieillir doucement, puis par disparaître peu à peu sans que je ne m’en rende bien compte car l’ingratitude est bien le propre de la jeunesse, n’est ce pas ?

Je les croyais définitivement morts, réduits en poudre au fin fond de l’oubli quand on regardant avec un peu de recul ma vie de peintre j’ai eu une intuition soudaine.

Dans le fond chaque tableau est un peu un épisode de Zorro, de Thierry la fronde, de Bonanza, ou de mission impossible Nulle doute alors que je fusse le descendant prodigue de tous ces pères putatifs.. bel éclat de rire lorsque j’ai effectué ce constat.

Oui le rire en premier car tout effondrement provoque cela , ce n’est que bien plus tard que le sourire est arrivé avec la gratitude et l’acceptation de soi.

Du coup je pourrais bien dédier une grande partie de ma production de mes débuts à ces héros du temps jadis car c’est grâce à eux autant qu’à moi-même que j’ai réussi à tenir la distance sans me fracasser vraiment pour de bon.

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