L’abandon.

Photo d’un platane Patrick Blanchon

On s’accroche à des idées de l’autre et de soi-même et rien ne va dans ce sens. La raison pour laquelle on s’accroche tant est toujours une peur, et celle ci est souvent le monstre gardien d’un beau trésor.

La peur d’être seul est sans doute la plus répandue. Alors on s’accroche à un emploi du temps, à des personnes qui ne nous conviennent pas toujours, on ne cesse de négocier avec cette peur sans oser la dépasser pour vraiment voir ce qui se passe au delà.

Cette peur de me retrouver seul m’a longtemps inquiété dans ma jeunesse. Les adultes semblaient prendre un plaisir malin à m’y confronter. Et quand depuis la couveuse déjà je voyais repartir ceux ci j’éprouvais une sensation d’abandon. Plus tard aussi je les regardais s’éloigner le cœur serré et je pouvais alors exprimer la tristesse par la colère, le dépit, les mauvaises pensées, en bonne victime dont j’avais appris à endosser le rôle et les répliques.

Et puis toutes ces oppositions furent vaines. Ma stratégie était extrêmemement coûteuse en énergie, alors fatigué de toujours trouver le même mur au fond de moi, cette peur de me retrouver seul, j’ai décidé d’aller me promener dans les forêts au dessus de la maison familiale.

Il y avait un sentier qui montait vers les hauts plateaux, quelques champs à longer et enfin j’arrivais aux forêts. Aussitôt que je passais l’orée quelque chose d’étrange se produisait, une impression d’accueil et de bienveillance émanait des grands arbres et je me sentais bien, plus de peur, sous la protection des frondaisons je découvrais un autre monde, non humain, et ainsi, je m’engouffrais plus loin encore poussé toujours par ma grande angoisse d’être seul. Dans le giron de la forêt, de ses arbres je m’en remettais à la fois au hasard ou à la nature, ou à l’univers, enfin, je m’abandonnais. Peu à peu mon monologue perpétuel s’apaisait, mes pensées, et je retrouvais mes sens.

Cette expérience de l’abandon reviendra bien des fois dans ma vie abandonner la pensée douloureuse, les relations douloureuses, des métiers inintéressants, des perspectives alléchantes tout autant dans ce que j’appris à présager de mon inconfort à venir.

La peur d’être seul au bout du compte s’est peu à peu muée en désir de me retrouver seul grâce à la succession des abandons de mes croyances surtout.

Le trésor que j’ai reçu par la suite fut la possibilité de fonder mes propres croyances à l’appui de mon expérience.

Puis j’ai découvert comme une banalité à ce que j’imaginais d’exceptionnel et ce fut un autre abandon plus profond que le précédent encore.

Les commentaires sont fermés.

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :