Envolée Lyrique peinture Patrick Robbe-Grillet

Le signe désormais qu’une peinture m’apporte un surplus envers la connaissance de la peinture c’est ma réaction première à m’en détourner dans une urgence. Aussi la peinture de Patrick, quand je la vis la première fois sur le site d’Art majeur, se présenta t’elle comme une de ces nombreuses tentatives fumeuses de mêler une pseudo recherche spirituelle avec l’art. Ce que nous ne saisissons pas, il arrive souvent qu’on le dénigre, qu’on l’amoindrisse par dépit de ne pouvoir y pénétrer, de se sentir exclus.

Alors pourquoi y suis je revenu, et ce plusieurs fois, de mois en mois afin de l’apprivoiser, de me tenir à sa périphérie dans l’attente que sa signification apparaisse, surgissant du brouillard épais que constitue l’habitude.

Car il est clair désormais que c’est bien cette habitude qui nous aveugle. Nous nous rassurons sur le connu, sur le familier à tire larigot afin de nous entourer de hauts murs derrière lesquels nous imaginons une sécurité qui n’est qu’illusoire.

La peinture de Patrick peut s’approcher classiquement par l’effet immédiat que provoque « la beauté ». J’ai par exemple subit l’effet flash de ses grandes toiles « monochromes » et je m’y serais arrêté le temps d’une exclamation de contentement si quelque chose d’autre n’avait pas brusqué dans le sens contraire cet élan.

Bien sur j’ai recherché sur l’artiste quelques bribes, quelques indices qui pouvaient me conduire sur la voie de l’appropriation, mais Patrick ne livre publiquement que très peu, ce qui a pour effet bien sur d’augmenter à proportion l’imagination à partir du manque ou de l’absence.

On apprend qu’il séjourna en Chine, mais il ne livre rien sur les apports que celle ci aura sur son travail à part des éléments simples et évidents comme la concentration, la méditation, et l’importance de la gestuelle, l’importance du corps à l’oeuvre de peindre proche dans mon esprit du travail de Fabienne Verdier.

Ici dans ces toiles aucune histoire ne se présente avec les éléments de laquelle nous pourrions tisser notre histoire propre comme c’est le cas dans la fréquentation de beaucoup d’œuvres, « classiquement » jouant l’office d’un miroir.

Non rien de tout cela sauf la trace laissée par le racloir, sauf les clairs et les obscurs s’étalant comme dans un désordre que l’on peut imaginer n’être pas voulu. Un peu comme la peinture visqueuse d’un Pollock que la main du peintre laisserait couler aléatoirement sur la surface horizontale, en s’absentant.

« En s’absentant » voilà le petit bout de fil qu’il me fallait pour dénouer l’écheveau des sensations qui me traversent à la lecture de ces toiles.

« En s’absentant » voilà le surplus de connaissances enfin effleuré.

« En s’absentant » le peintre ne cherche pas à nous offrir la trivialité, la banalité d’une peinture anecdotique.

En s’absentant au contraire il permet à la présence magistrale de l’acte de peindre d’éclater au grand jour mais, de façon discrète, douce, un chuchotement la plupart du temps.

On pourrait l’opposer à un Willem de Kooning tonitruant pas ses sujets et ses couleurs.. et pourtant je leur trouve un lien de familiarité, d’intimité ces peintures de cathédrale face à ces peintures de champ de bataille. Elles parlent toutes les deux de la même chose d’après ce que je veux y voir désormais … elles parlent de la nécessité de s’absenter pour peindre, de s’affranchir du monde, de s’évader des significations, pour ne livrer à la fin qu’un mouvement, une trace de la présence magistrale laissée visible par cette absence justement.

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prof d'arts plastiques, fabriquant de tableaux. @patrickblanchon38550 http://patrickblanchon.com

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