Sur la piste du signe

L’univers chamanique et coloré de Thierry Lambert

Les cordonniers sont toujours les plus mal chaussés et cela se vérifie encore aujourd’hui, je pensais à cela en revenant de Saint Hilaire des Rosiers de chez mon ami Thierry Lambert.

La route est longue pour revenir au Péage de Roussillon aussi, j’ai voulu lever le pied sur l’accélérateur, ne prendre que les petites routes à vitesse modérée, vitre baissée pour profiter des derniers rayons du soleil et de ce commencement d’été indien.

Ce qui me manque en tant que peintre c’est une syntaxe, un vocabulaire, voilà la conclusion que j’obtiens soudain en arrivant à Saint Donat l’Herbasse en repassant tranquillement les instants de parole avec Thierry.

Je n’ai pas fait dans la dentelle comme d’habitude, une des premières questions que je lui ai posées tenait justement à l’origine de ce vocabulaire, de cette syntaxe. Nous n’en n’étions qu’à l’apéro et je trépignais d’impatience depuis notre dernière rencontre de la semaine passée.

Calme, presque timidement Thierry me parla alors de son parcours de peintre « abstrait » qu’il décida d’abandonner à l’age de 30 ans.  » il fallait que je trouve autre chose » me dit il et je compris que la peinture abstraite ne le satisfaisait plus car pas assez authentique.

Voilà un mot important lâché, l’authenticité de l’acte créateur. Alors il me raconta comment il avait effectué un retour sur lui même , comme il avait cherché à s’appuyer sur ce qu’il aimait vraiment, « les westerns par exemple où l’on voit des indiens » et ensuite un peu plus loin parce que « tout simplement j’aimais ça et que je m’y suis intéressé en lisant des ouvrages la dessus. » On serait tenté de sourire d’une telle simplicité mais il ne faut surtout pas se tromper car Thierry a totalement raison, retrouver les élans du cœur de l’enfant que l’on porte en chacun de nous , voilà une clef importante que bon nombre d’artistes en herbe devrait étudier sérieusement. Le plus difficile est d’oser y retourner en toute naïveté une fois la pseudo lucidité traversée.

Des amérindiens Thierry connait beaucoup mais pas que ceux là, son appétit de connaissance l’a fait étudier énormément , il sait beaucoup sur l’art et la culture hopi, yaki etc , tous les signes caractéristiques qui identifient cet art et cette culture, son vocabulaire et sa syntaxe, sa grammaire également.

En s’enfonçant en lui-même en compagnie de cette syntaxe, par amour du vrai, de la justesse, cela l’a aidé à trouver la sienne propre. Sans doute aura t’il fallu beaucoup de travail, énormément pour affiner peu à peu celle ci.

Tiens par exemple il me montre des peintures réalisées de nombreuses années auparavant de la « femme papillon » , elle est gracile, lourde, anonyme mais belle de la sincérité qu’il lui confère déjà , ses « chaman » aussi réalisés au feutre de la même époque, rien à voir avec la fulgurance de ceux d’aujourd’hui.

Par le travail Thierry a su insuffler une force et une élégance à cette syntaxe sans plus s’égarer. Il est resté rivé sur sa pratique et sa démarche artistique rejetant au loin tout concept alambiqué, il ne manie que des idées simples lui venant de moments forts vécus.

« Quand j’étais enfant j’allais à la chasse aux papillons  » et voilà désormais l’élément « papillon » qui fait voleter syntaxiquement la chamane colorée, élancée et magnifique qu’il me présente un peu plus tard.

Je ne sais comment remercier la providence pour ces rencontres, en peu de mots livrés Thierry m’invite à me questionner vraiment sur l’art, sur l’acte créateur et sans doute ces questions sont déjà dans mon champs d’investigation depuis un bon moment mais je les considérais d’une façon certainement encore trop intellectuelle.

Dans la rencontre sincère le cœur s’ouvre et les silences deviennent des accélérateurs de pensées, d’idées, d’émotions qui offrent de nouveaux point de vue. Aujourd’hui je me souviens de Don Juan et de Carlos Castaneda, de la petite tape entre les deux omoplates qui permet de changer son point d’assemblage avec la réalité, pour percevoir des réalités plus subtiles.

Je n’ai rien senti mais je suis certain que quelque part la rencontre d’aujourd’hui encore à contribuer à déplacer mon point d’assemblage sur une réalité de l’art que je pressens depuis longtemps en tournant autour sans pouvoir la pénétrer.

Me voici parvenu à l’entrée du sentier, sur la piste de mes propres signes.

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