L’éparpillement d’Osiris

Semeur Vincent Van Gogh d’après Millet

Depuis deux ans j’entends que je m’éparpille. Je ne suis pas sourd, non. Cependant comme un marin curieux à un mat de galère je m’attache.

Approcher le fameux rocher , tant de gens parlent de lui à tort ou à raison, Maurice Blanchot en tête de gondole dans mon esprit.

Elles sont là indolentes toutes ces femmes-poisson la nageoire caudale baignant dans l’eau d’Égée. Diable qu’elles m’attirent et qu’elles m’envoûtent par l’incohérence que je décèle tout au fond du chant.

C’est vrai, je plongerais bien , les sirènes je m’en fous, elles ne sont qu’un prétexte.

C’est cette incohérence que leur chant ne masque plus qu’à peine et qui souffle à la façon de Moby dick que je veux éprouver, celle qui depuis toujours fait partie de moi et qui me guide et que je ne veux cependant pas écouter. J’ai les mains nues , pas de harpon.

l’énorme cachalot de l’éparpillement je voudrais plutôt m’en faire un pote aujourd’hui, je n’en ai pas tant que ça de potes, on a aussi les potes qu’on mérite.

Il y a les sirènes et un peu plus loin aussi quelques moulins à vent, à l’arrêt cependant.

Ce n’est pas bien alors de s’éparpiller ?

Pourquoi donc ?

Pour constituer une unité face à l’entropie magistrale ?

encore une lutte ? un combat ?

Mais ne voit on pas que le monde entier est bouffé par l’éparpillement ?

toujours on zappe

comme l’ennui on cherche sans relache à l’esquiver

comme la maladie

comme la mort

l’inéluctable et l’éparpillement.

J’ai renoncé à beaucoup mais pas à ne plus m’éparpiller envie de caresser Moby dick rien que ça et alors ?

J’ai renoncé à beaucoup parce que je voulais justement m’éparpiller

Le geste auguste du semeur m’est resté imprimé dans l’oreille interne

un souvenir de classe ce tableau de Millet qui resurgit tout à coup et puis tout de suite après celui de Vincent.

Pas d’enfant comme moi Vincent je crois me souvenir, on n’a rien semé d’autre que nos tentatives dont celle à la queue leu leu comme au confessionnal de peindre, lui plus avancé que moi et même mort déjà, feu Vincent comme ça te va bien. Me voici brûlant de fièvre moi aussi.

Jusqu’au bout alors pénétrer dans le maelstrom de l’éparpillement afin de laver l’affront fait au monde d’une inutilité magistrale ? d’un refus de procréer clair et net ? de jouer les petits bras en me disant peintre , créer faute de pro créer une manière de célébrer l’onanisme au même titre que l’éparpillement. Ainsi soit il ..

Il parait que ce que nous avalons teinte nos pensées suivant les carences en oméga 3 et en vitamines b et je ne sais quoi encore

Saucisson cuit de lyon et purée ont du me rester sur les neurones.

Pas dormi de la nuit à me traquer en action dans l’éparpillement.

Je ne sais pas ce que je fous.

Mais je tiens bon à l’écrire comme si je voulais léguer quelque chose, pas avoir vécu « pour rien » la belle affaire. Je me sens en colère de faire de moi ma victime préférée.

Alors une raison s’il en faut de s’éparpiller c’est la détestation du point fixe, névralgique de la douleur d’être moi, encore moi, toujours moi.

insupportable

tout autour sans moi il me semble que la vie est plus belle plus profonde, moins complexe, plus féconde aussi.

je m’éparpille parce que je suis un handicapé de la confiance. trop battu, trop rusé d’être parvenu à contrecarrer Zeus le père de son envie de tuer sa progéniture. Cet excès de ruse cet excès de survie me fait encore errer d’il en ils ou d’elles en elle, sans jamais retrouver Ithaque.

A se demander vraiment si elle me manque tant que ça.

Pas de Pénélope, pas de Télémaque qui se tiendraient sur le quai à m’attendre.

« Personne » voilà la réponse donnée à la légère à Polypheme le cyclope et dont l’étymologie signifie, « qui parle beaucoup bavard. » un comble.

s’éparpiller se répandre, est obscène au regard du monde. C’est manquer de respect , qu’alliez vous faire dans la 13eme avenue Mossieur Willams… Tant pis, tant pis pour le manque de respect, ce respect que je n’ai pas eu à la source que je n’ai donc jamais eu pour moi même. Tant pis il est tôt dans quelques heures je dois affronter une nouvelle journée encore, recoller tous les morceaux sans Isis, et me relever dans l’aube et de bonne humeur pour enseigner, pour en saigner aussi.

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