En avoir ou pas

Femme assise sur un lit , création digitale Patrick Blanchon

Autant que je puisse remonter dans le temps je n’ai jamais eu besoin d’argent. Non pas que je sois riche loin de là, mais il n’a jamais été un moteur dans ma vie. Lui est moi nous n’avons pas d’hostilité particulière, pour bon nombre de personnes l’argent est une information précieuse, pour moi c’est une information au même titre que tout le reste.

Il y a eu des périodes ou j’en ai eu beaucoup ( c’est à dire que je ne savais pas vraiment quoi en faire donc je me hâtais de le dépenser) Il y a aussi eu des périodes où je n’en avais que très peu et cela ne m’a pas gèné non plus même si par mimétisme ambiant il est arrivé parfois que je m’en plaigne comme un acteur de théâtre récite par cœur un texte appris.

En tous cas à chaque fois une variable d’ajustement que je trouvais c’est celle du besoin. Avoir beaucoup d’argent créait des besoins superflus ne pas en avoir restreignait la liste de ceux-ci et en gros mon observation de ce phénomène je l’avais mis dans un petit coin de ma cervelle affairé comme d’habitude à autre chose.

Le rapport à l’argent quand j’y pense désormais est à peu près le même que le rapport à l’amour. Si on ne mesure pas les besoins que l’on a , qui sont vitaux pour ne pas se retrouver au trente sixième dessous ou au 7 ème ciel trop souvent il est quasiment certain que l’on est à coté de la plaque.

Trop se lamenter du manque d’argent comme trop en jouir ne sont que perte de temps.

L’argent comme l’amour est donc un maître important qui peut nous apprendre beaucoup sur nous même.

Bien sur tu trouveras tout un tas de théories plus ou moins fumeuses sur l’argent désormais. Il faut arrêter d’avoir des complexes par rapport à celui ci, surtout en France ou une pudeur mal placée ne permet pas d’en parler, qu’on en ait ou pas.

Aujourd’hui pour gonfler le moral des entrepreneurs des coachs jouent sur les notions d’égoïsme et de générosité, voire de magnanimité. Les entrepreneurs seraient alors les nouveaux messies de notre époque fol-dingue , ce serait grâce à eux que les estomacs seraient rassasiés et surtout comme dans la chanson de Vian qu’on pourrait s’équiper d’un frigidaire , d’une machine à laver, d’une râpe à pommes de terre etc . Créer des besoins est le rôle de la pub comme créer de l’opinion est le rôle des instituts de sondages.

Quand je n’avais pas d’argent je ne m’estimais pas pauvre dans mon for intérieur, les périodes de chômage par exemple , naturellement associées j’allais me promener dans la campagne, je profitais de mon temps je ne m’apitoyais pas trop longtemps sur mon sort.

le manque d’argent m’a bien plus aidé dans la vie que la satiété par rapport à lui. J’ai utilisé mon temps perdu pour courir les musées, les bibliothèques, pour m’enrichir autrement et voilà tout.

La plupart du temps lorsque je gagnais « bien » ma vie, je la perdais redoutablement en renonçant à justement tout ce que préfère le plus au monde, la tranquillité, l’étude, la réflexion, et bien sur la création.

Je n’ai jamais imaginé lier les deux c’est à dire gagner de l’argent en faisant un métier qui me plaisait. Dans mon esprit les métiers étaient souvent alimentaires, ma vie véritable se situait ailleurs. Cela ne signifie aucunement que je dénigrais ces métiers, non je leur ai trouvé à tous des avantages et des défauts, sans plus , j’ai même amélioré systématiquement la façon d’accomplir les taches qui m’incombaient. Cela m’aidait à passer le temps de m’investir et de trouver des moyens plus élégants comme plus rapides. Car je déteste voir filer une journée sans ressentir du plaisir à avoir accompli quelque chose pour moi à son terme, et ce quelque soit le salaire obtenu à la fin du mois.

Trouver des voies inédites quant à ma relation à l’argent comme à l’amour, je n’ai finalement fait que ça toute ma vie comme on recherche adolescent des « limites »

Ces limites ce ne sont pas seulement les miennes, mais celles de tous je crois.

Aujourd’hui j’ai trouvé une épouse et un métier qui me permettent de me lever la matin et de m’épanouir que je l’accepte ou pas. Car il y a aussi ce constat : nous croyons connaitre nos besoins, nous pouvons même en constituer une barricade rassurante refusant parfois d’en explorer d’autres, inédits jusque là …

Les commentaires sont fermés.

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :