lutter contre l’insignifiance

« éparpillements » Pastel à l’huile sur papier Patrick Blanchon

Quand le fils alla trouver le père pour lui apprendre qu’il désirait être écrivain ce dernier haussa les épaules et dit  » ce n’est pas un métier » sur quoi il appuya sur le bouton du poste de télévision et ils allèrent s’installer à la grande table de la salle à manger.

Ni la mère ni le frère ne s’aperçurent de rien. Il y avait eut une déflagration silencieuse et nul ne se rendit compte qu’à l’intérieur de la cervelle du fils, une plaie béante venait tout juste d’apparaître.

Tout le monde mangea la soupe sans mot dire puis une fois la table débarrassée, comme chaque soir tout le monde alla s’échouer sur les fauteuils, les canapés pour s’endormir doucement devant un programme soporifique à souhait.

Le fils ce soir là s’endormit le premier.

Dans son rêve il imagina qu’il courrait mais ne pouvait avancer d’un seul centimètre, en fait il s’éveilla au bout d’un moment et constata qu’il était le seul à être resté au salon, tout le monde était parti se coucher.

Il se leva et aussitôt un sentiment d’insignifiance formidable s’empara de lui. C’était comme un nouveau costume qu’il venait d’enfiler. En l’espace de quelques minutes, tout au plus une heure, tout ce qui avait eu jusque là la moindre importance à l’extérieur comme à l’intérieur de lui s’était engouffré dans cette étrange sensation qu’il éprouvait désormais.

Pour pallier l’angoisse qu’il éprouva il se rendit dans la cuisine et ouvrit le réfrigérateur. Il avala quelques tranches de jambon, puis piocha dans un paquet de pain de mie dont il déchira la tranche à pleines dents. Il termina sa collation intempestive par deux yaourts qu’il engloutit rapidement en employant une cuillère à soupe.

Une fois qu’il trouva la satiété il s’étira sans toutefois éprouver de contentement véritable. La sensation d’insignifiance était toujours là malgré la nourriture qu’il avait avalée, malgré le poids de celle-ci qu’il sentait peser sur son estomac.

Alors il monta l’escalier doucement pour ne réveiller personne, s’allongea sur son lit et fit le tour de toutes les images des femmes qui provoquaient en lui du désir.

Il s’arrêta sur celle de la voisine, une hôtesse de l’air hystérique à la poitrine généreuse et au langage vulgaire et se masturba.

Il espérait que le sommeil reviendrait une fois qu’il aurait jouit mais au contraire la sensation d’insignifiance qu’il éprouvait désormais avait encore augmenté.

Ce fut à cet instant probablement qu’il s’empara du petit carnet qu’il venait d’acheter quelques jours auparavant en se promettant de tenir son « journal de bord ».

Il inscrivit la date du jour et l’heure, il était désormais 2h52 du matin et puis sa main resta en suspend dans l’attente de l’inspiration qui ne vint pas cette nuit là.

Les commentaires sont fermés.

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :