l’axe de la confusion

l’axe de la confusion transformation numérique d’une peinture à l’huile Patrick Blanchon 2019

Il est un territoire dans lequel je reviens régulièrement parce qu’il me lave en quelque sorte de toutes les tentatives d’ordonnancement, c’est celui de la confusion.

Les tentatives de mise en ordre de ma vie sont légion. Cela peut aller de vouloir arrêter de fumer, d’arrêter de prendre du sucre dans mon café, d’arrêter de regarder la télévision, d’arrêter de me connecter aux réseaux sociaux. En général cela se manifeste par un trop plein, un dégoût de ma propre image en train de réaliser toutes ces choses, et je tente de vouloir changer hélas en vain.

Surgit ainsi une velléité et non vraiment une volonté d’arrêter un processus, une habitude afin de la remplacer par une autre et dont la récompense serait en quelque sorte compensatoire de la perte de la première.

Arrêter de fumer me donnerait comme récompense de mieux respirer, d’être en meilleure santé, de pouvoir courir ou travailler plus longtemps sans que je ne ressente de fatigue.

Arrêter de prendre du sucre dans mon café permettrait aussi de prendre soin de mon corps, de perdre du poids, et de retarder ainsi le vieillissement prématuré des milliards de cellules qui le composent

Et ainsi de suite.

Ici le mot un mot important est celui de récompense. Si je ne m’offre pas une récompense à la mesure de cette perte il y a de grandes chances pour que le processus échoue.

Or les récompenses ne m’intéressent que moyennement par rapport aux béquilles psychologiques que m’offrent mes anciennes habitudes.

Cela signifie peut-être que je ne pense pas assez à cette notion de récompense en profondeur. Celles ci en tous cas ne sont pas suffisamment puissantes pour m’extraire de ce que j’appelle la fatalité. Alors soudain se dresse « l’à quoi bon » qui a le pouvoir de faire table de rase de tous ces processus et de les faire avorter.

Je me souviens que j’éprouvais déjà cela lorsque j’étais au collège et que le professeur de sport nous intimait l’ordre de courir autour d’un stade. Dans mon for intérieur je me hâtais de trouver cette action aussi ridicule que possible et cette conclusion alourdissait ma foulée jusqu’à la ralentir, et je finissais régulièrement en marchant bon dernier.

C’est que le gout de l’effort ne m’apparaissait pas comme une chose bonne en soi, à contrario de mes camarades qui semblaient même en éprouver un vif plaisir, la course d’endurance pour moi s’arrêtait à la souffrance enclose dans un espace temps ennuyeux.

Je serais tout à fait d’accord d’évoquer la paresse si celle ci pouvait à elle seule expliquer mes échecs répétés. Or dans ma vie j’ai découvert que je n’étais pas paresseux pour tout, au contraire j’ai déployé des efforts souvent surhumains de patience, de temps et de ruse pour effectuer des travaux qui ne servaient à rien. Ainsi ces nombreuses nuits à découvrir l’usage de la chambre noire, à développer et tirer des photographies en noir et blanc. Ainsi ces heures passées à dessiner et peindre sans jamais vouloir montrer mon travail à quiconque. Ainsi les pages et les pages noircies que je n’ai jamais voulu publier.

Une réticence inouïe à ne pas vouloir goûter aux fruits de mon travail artistique notamment que je puis aussi constater dans mon alimentation , je ne mange pratiquement jamais de fruits non plus.

J’ai cru pendant pas mal de temps que c’était parce qu’il fallait les éplucher, notamment les agrumes, mais c’est tellement ridicule que ce ne peut être suffisant. Je pense plus à un blocage d’enfant fréquentant les bancs du catéchismes, une sorte de trauma associé à la pomme et aux filles qui ne les offraient que contre d’impayables récompenses justement.

Ainsi donc ma vie entière est une succession d’échecs en matière d’ordonnancement dans l’aspect social de celle ci. J’ai enchaîné job sur job la plupart du temps alimentaire car je ne plaçais pas l’essentiel dans la notion de carrière, mon identité je la voulais ailleurs, essentiellement sur le plan créatif.

Cette distance qui s’installe peu à peu avec le groupe, dans la déviance des objectifs qu’il impose surtout, contraires à mon intuition, car je ne peux parler de pensée véritablement, cet écart, ce pas de côté me coûta une énergie formidable et m’offrit en contrepartie une créativité étonnante.

Je ne souhaitais blesser personne évidemment, et, à ménager la chèvre comme le choux c’est souvent sur moi que mon propre dépit tombait.

Alors je me sens nul, coupable de tous les méfaits, pas à la hauteur, une anomalie ambulante. Patiemment je développe un complexe d’infériorité à la hauteur de ma supériorité inavouée. L’un nourrissant l’autre, et toujours d’une façon mal modérée bien sur.

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