S’accorder

diapason pour guitare

C’est à l’oreille ou avec un diapason que j’accordais autrefois ma guitare. La nécessité d’ajuster la fréquence de chaque corde ainsi, pour obtenir la note juste, me faisait tordre chacune d’elles par l’intermédiaire des mécaniques de l’instrument. Je peux encore me rappeler de ma maladresse à mes débuts en tant que musicien et d’avoir souvent cassé des cordes par manque de modération, par hâte, ou par distraction.

L’empressement à jouer était si fort alors qu’il ne m’était pas essentiel d’avoir l’accord parfait ce qui est assez stupide tu en conviendras.

Alors je repense à cette manière de faire aujourd’hui et je pars du postulat que la maladresse si la définition même de ce mot indique qu’on s’est trompé d’adresse, ne signifie pas pour autant qu’il n’y ait aucune adresse.

Nous ferions ainsi des choses dans un but, sur un plan du réel, comme tenter de jouer de la guitare par exemple, mais nous serions sur un autre plan de celui ci comme de nous mêmes à l’oeuvre sur une autre tâche.

Car dans le fond, adolescent obtus dans bon nombre de domaines, dans une confusion sans fin permanente, je tentais d’écouter mon cœur, de suivre le chemin que provoquait en moi l’émotion de la musique, plongeant dans celle ci comme pour fuir le monde extérieur qui ne se présentait alors qu’à la façon d’une cacophonie, sans harmonie perceptible.

Jouer de la musique alors et ce sur un instrument mal accordé, c’était sans doute une façon d’effectuer un pied de nez au monde entier enfermé en moi-même dont je cherchais confusément à exacerbé le grotesque, le ridicule, en devenant moi-même l’athanor des transmutations nécessaires à la compréhension future de celui ci.

La voie du clown en quelque sorte que j’ai suivie tout au long de mon existence est un peu je m’en aperçois comme mes tentatives avortées de devenir musicien. Dans le fond deux maladresses extrêmement adroites produisant des fruits inattendus sur un autre plan de l’être.

Dans le ratage apparent des actes que nous commettons et qui souvent nous accablent et nous rongent, tout un plan du réel est exploré, voire dévoré par une puissance mystérieuse que nous ne saisissons pas durant de longues années parfois. Et cela est dans l’ordre parfait des choses dans le fond.

Si nous comprenions cette puissance extraordinaire trop tôt la danger d’imaginer que nous en soyons les propriétaires serait trop grand et tout finirait dans la stérilité.

Aux portes de la maturité cependant je me permets juste de lui rendre hommage désormais en la saluant respectueusement. Je sais désormais que cette force, cette puissance, me dépasse et que je ne suis qu’un instrument entre ses mains, un instrument mieux accordé sans doute que tous ceux que j’ai autrefois tenté d’accorder moi-même.

Publicités

Publié par Patrick Blanchon

prof d'arts plastiques, fabriquant de tableaux. @patrickblanchon38550 http://patrickblanchon.com

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :