Nabuchodonosor

Naissance d’Uruck Peinture Patrick Blanchon

Je ne sais ce qui peut inviter des parents à nommer leur rejeton pareillement, et sans doute au temps des jardins suspendus cela avait il un sens, le fait est que lorsque l’homme accoudé au bar m’apprit qu’il s’appelait ainsi je restais dubitatif.

C’était un genre de compromis entre le clochard céleste  à la Kerouac  et un valet de pied dessiné à grands traits de hache  par un Conan Doyle sur le retour.

Enfin je n’avais rien d’autre à faire et nous devînmes camarades de comptoir.

Je logeais à une distance raisonnable du bar dans un petit hôtel charmant tenu par un Rugbyman à l’œil ultra mobile et inquisiteur.

J’avais déposé mon sac dans cette jolie banlieue toute proche de la Défense, encore en construction ou quasiment finie, je ne me souviens plus.

Une période faste s’achevait encore pour moi. Je m’étais égaré encore à un carrefour n’ayant pas établit de plan suffisamment détaillé il se peut bien que j’eusse à nouveau perdu le Nord.

6 mois au Portugal passés à écrire mes préoccupations nombrilistes m’avait désargenté méchamment, et c’est assez penaud que j’acceptais de suivre M. une relation charmante et explosive qui m’avait déjà pardonné nombre d’incartades et qui finalement était venue me chercher dans le bistrot du petit village lusitanien un matin.

Cependant que malgré tous les efforts déployés de part et d’autre nous finîmes par nous séparer à nouveau et c’est ainsi que j’arrivais au lieu de mon récit

Ma minuscule chambre donnait sur une cour proprette où poussait un jeune cerisier japonais, quelques pensées chétives et des herbes aromatiques. L’hôtel faisait aussi  restaurant.

Afin d’employer mon temps et payer cette piaule je me  louais en échange d’ un salaire insignifiant à une compagnie d’assurances , dont les locaux se tenaient  quelques pâtés de maisons plus loin. Au volant d’un J7 je suivais un itinéraire hasardeux dans Paris suivant les différentes périodes de la journée pour livrer des cartons de paperasses dans diverses annexes.Cela aurait presque été la belle vie, si je n’avais été victime de mes velléités littéraires et d’un caractère indépendant et je dois l’avouer d’une passion soudaine pour la bouteille.

Cette absurdité de vouloir écrire m’avait entraîné dans un paysage physique et mental complètement décalé du monde dit réel. Ce que je nommais non sans fierté voire arrogance « la lucidité » n’était qu’un pansement sur une jambe de bois que représentait alors mon immaturité crasse.

Mais je ne la répudie pas non plus cette immaturité finalement, elle m’a autorisé  à questionner le monde par le menu, le détail, l’insignifiant comme une compagne de maquis dans l’âpreté de bien des quotidiens.

En fait qu’en je repense à cette époque l’existence toute entière était à mon chevet et me prodiguait tous les soins nécessaires non seulement à la survie mais aussi à préparer plus tard la gratitude envers les leçons qu’elle me donna tout le temps.

Mais moi, à cette époque je m’en fichais de la gratitude à venir je préférais aller boire avec Nabucho.

Je crois que les premières phrases que nous avons échangées ensemble, c’était aux environ de l’heure du whisky, juste après le pastis et avant la poire Williams. Peut être même avait il pris un peu d’avance pour tuer le temps, attendant un comparse, une oreille qui l’écoute avec quelques bières blondes , de celles qui soulagent largement la vessie quand on les pisse à potron-minet.

Nos fronts presque à s’entrechoquer comme deux taurillons nous invoquames Fernando Pessoa.

Je ne sais plus lequel sorti la fameuse phrase « Navigar e precisu, viver nao e precisu.. » ( naviguer est précieux , vivre ne l’est pas ) mais c’était parti pour la grande orgie poétique d’avant midi. Et globalement ce fut ainsi pendant quelques mois sans trop de changement, sans trop de dérangement.

Ensuite l’après midi on se séparait un peu, Nabucho avait femme et enfants. Il rentrait chez lui déjeuner. Moi dans mon hôtel les jours d’inactivité, allongé de longues heures sur le dos rideaux fermés dans l’obscurité.

Ce doit être un matin d’hiver que le boxeur fit sa première apparition au bar.C’était un nantais bien balancé qui depuis quelques temps offrait ses services de façadier dans la grand rue. Ce type, une force de la nature, réalisait des travaux impeccables en deux temps trois mouvements par tous les temps. Il s’amena par la suite avec des liasses de billet dans les poches ce qui nous inclina à rendre hommage aux paradoxes car s’il gagnait confortablement sa vie il était con comme un balai.

Du coup ça nous donnait du grain à moudre en tant que poètes bistrotiers.

La vie et tout, navigar et precisu.. etc

(à suivre)

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Publié par Patrick Blanchon

prof d'arts plastiques, fabriquant de tableaux. @patrickblanchon38550 http://patrickblanchon.com

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