Elle aime qu’on la batte

Manara l’art de la fessée.

D’un seul coup on sonna à la porte de l’atelier et tout du décorum fut chamboulé. Elle n’était plus elle et je n’étais pas encore moi. Engoncé dans mon malaise permanent à vouloir ménager à la fois la chèvre et le choux en les voyant envahir peu à peu l’espace et ce malgré la vastitude de celui-ci, un instant je fus décontenancé.

Puis je remis de l’ordre rapidement par automatisme. Après tout n’étais je pas ce beau jeune homme à l’air arrogant autant qu’idiot ? Je tentais de me figer dans un entre deux sans mot dire, choisissant une chaise simple pour leur laisser tout loisir de s’affaler sur les beaux fauteuils, le canapé de cuir moelleux.

Ce fut la petite brune qui démarra les observations comme on déclare la guerre.

« Et bien dis donc tu es bien accompagné » dit elle en minaudant à mon hôtesse et maîtresse depuis peu qui se contenta d’un sourire entendu, ce qui me surprit un peu mais comme j’avais l’impression d’être une sorte de fantôme assistant à la scène, je serrais seulement mon poing dans la poche et attendit la suite.

Il fut question du peintre qui devenait de plus en plus vicelard dans le choix de ses modèles, de sa dernière exposition catastrophique, de quelques anecdotes qu’elles échangèrent en avalant par petites gorgées leur verre de Jack Daniel que j’étais chargé de remplir.

La grande blonde à l’air triste avait de magnifiques yeux bleus embués de larmes ce qui me la rendait extrêmement attirante. Elle n’avait encore presque rien dit quand la petite brune se ficha d’elle au détour de la conversation.

« Si tu voyais le minet qu’elle vient de se dégoter, genre 20 ans de moins… »

Là c’était quand même difficile de ne pas voir le sarcasme adressé par ricochet mais mon hôtesse encaissa sans broncher et m’invita à l’aider pour faire les assiettes d’amuse gueule à la cuisine.

Ce qu’elle adore c’est se faire battre, me confia t’elle sur la grande blonde. Elle prend des jeunots qui la cognent et elle prend son pied comme ça. Et de rajouter une petite couche de psychologie de comptoir  » elle a un fils qui s’est suicidé elle se sent coupable ».

J’ai du commencer à écarter les jambes vers ce moment là, le whisky aidant, et aussi le parfum capiteux de ces trois femmes se mélangeant dans la pièce.

Il n’y avait que peu de temps que j’avais fait connaissance de mon hôtesse et soudain en quelques minutes j’en apercevais une version encore inédite qui à la fois me mettait intérieurement en fureur, mais en même temps me procurait un soulagement infini.

Je me mis à lorgner les corps de ces trois femmes, les jaugeant, les comparant, les assemblant de diverses manières comme un chirurgien fêlé.

Plus la bouteille de whisky descendait plus le fantasme d’une orgie possible s’accentuait.

Enfin, presque arrivé au paroxysme de l’excitation, au moment même où je ne pourrais plus cacher l’émoi dans laquelle celle ci me plongeait, les deux femmes prirent congés.

J’eus droit à une étreinte de la part de chacune, une bise un peu plus mouillée et appuyée de la part de la brune qui colla sa jambe à l’intérieur des miennes. Dernière œillade des yeux embués de la blonde et elles disparurent. Nous entendîmes leurs rires tout en bas dans la cour et mon hôtesse m’enlaça tendrement dans l’attente d’un je ne sais quoi que j’étais absolument incapable de fournir.

J’aurais pu la culbuter copieusement à cet instant c’était éminemment propice, peut-être trop justement. Je me resservis un verre, allumait une cigarette et demandais

« où veux tu que nous allions dîner ? »

Je vis passer dans son regard vert une belle tornade de rage pour la première fois depuis notre rencontre et je me mis à sourire bêtement comme n’importe quel jeune de mon age aurait pu le faire dans mon esprit.

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Publié par Patrick Blanchon

prof d'arts plastiques, fabriquant de tableaux. @patrickblanchon38550 http://patrickblanchon.com

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