Récapituler

« Récapituler » Pastel sur toile de coton format 20×20 cm Patrick Blanchon 2019

Dans cette récapitulation qui a démarré voici maintenant une année par l’entremise de ce blog, je revisite les lieux et les êtres que j’ai croisés dans cette vie, à seule fin je crois de nous pardonner à tous, tous les personnages de cette existence que j’ai traversée, de dénouer tous les nœuds énergétiques que les malentendus, les non-dits, les traumatismes auront formés.

C’est un travail chamanique véritable sans tambour ni trompette mais réalisé tout de même au rythme régulier des battements de cœur de ces nuits d’insomnie que je ne cesse plus désormais de traverser. Dans le creux de la nuit, installé à ma table, le tapotement des touches du clavier sert peut-être d’incantation d’invocation et le voyage alors peu à chaque fois recommencer me conduisant à revisiter le monde d’en bas, le monde du milieu et, de temps en temps aussi le monde d’en haut.

C’est un entrainement, et une navigation à la fois dans laquelle à l’aide de la catégorie et de l’étiquette, seuls outils de classement qui sont à ma disposition pour me repérer dans le labyrinthe formé par tous ces textes, je me laisse conduire plus que je ne conduis quoi que ce soit en réalité.

Au fond de moi une confiance aveugle en ce quelque chose que représente l’écriture, ressemble à la fois au fil d’Ariane comme à la nostalgie d’avoir été un jour le petit poucet semant sur sa route, dans la forêt, la nuit, de petits cailloux afin de retrouver son chemin en cas d’égarement majeur.

Ce n’est pas une analyse, ce n’est sans doute pas vraiment  un roman autobiographique, c’est autre chose, appelons cela un mystère, au même titre que jadis Thot,  Seth ou Hermès peu importe son nom véritable  fédérait les curieux dans son  cadre égyptien.

Il y a dans l’acte d’écrire une position incertaine du narrateur, qui parfois peut sembler se confondre avec celle de l’auteur, mais que l’auteur en aucun cas ne peut ignorer complètement. Il doit en même temps retrouver la spontanéité des moments traversés tout en conservant un œil impartial, une forme d’ubiquité pour ne pas se laisser prendre par l’émotion parfois violente qui renait de la visite des territoires fantomatiques. On pourrait aussi parler de sacrifice car quelque chose de précieux est ainsi jeté en pâture sur l’autel ainsi crée  par l’écriture.

De toutes parts des fantômes surgissent autour de celui-ci pour s’abreuver de vie et d’énergie qui leur redonnerait  une solidité, une existence. Le sang coule  à nouveau dans leurs veines.  Et voici qu’au hasard de la ligne, de la respiration et du clavier, je retrouve par exemple,  cette expression familière de ma mère lorsque déjà enfant, je fuguais et qu’elle me reprochait alors que j’arrivais entre deux gendarmes de s’être fait un « sang d’encre » à cause de moi.

Je lui dois peut-être alors bien ça comme à tant d’autres de rédiger ces lignes, de laisser couler de mon insomnie ce sang d’encre aujourd’hui, afin de retrouver un sang neuf, si tant est que ce soit possible, et qu’il soit alors au service de la collectivité, comme un cadeau que l’on laisserait en partant en remerciement tout simplement.

La mort, l’idée obsédante de celle-ci ne m’a jamais lâché depuis que j’ai compris que je ne serai jamais ici autre que ce  passager entre deux portes. L’idée de la mort c’est l’idée de la porte encore close et que je ne cesse de vouloir ouvrir confusément animé à la fois par la crainte, l’espoir  comme par la curiosité. Je persévère depuis le début, ce mot étrange qui contient à la fois l’idée de sévérité d’un père et en même temps qui m’incite à percer plus loin  pour voir.

Dans la tradition chamanique aussi il est question de portes menant sur divers mondes, divers dimensions de notre être, ou de l’univers, des dimensions dont on ne parlera jamais dans le monde qui nous entoure  que nous faisons tout pour rendre « rassurant ».

Rassurant en raison de cette perception que nous avons tous de l’incomplétude de notre vision, rassurant car nous avons posé des totems, des tabous pour éloigner les morts, les fantômes, les esprits du centre névralgique de notre quotidien.

  Sans doute plongerions nous à nouveau dans ces croyances ancestrales, le monde en sa globalité en serait il alors profondément modifié à nouveau, sans doute aussi le système consumériste ou capitaliste dans lequel nous devons prendre toutes les assurances que l’on nous impose ou nous vend ne parviendrait -il plus à survivre, tant on le trouverait décalé de la réalité dont je te parle doucement ici, cette réalité qui accepte que les esprits sont là , qu’ils l’ont toujours été et qu’ils seront toujours là bien après l’extinction de l’espèce humaine.

Simplement ils sont situés dans des dimensions la plupart du temps inaccessibles à nos cinq sens, et ce n’est certes pas un hasard que la découverte de la mécanique quantique soit née au 20eme siècle, ce siècle si effroyable par ses génocides, ses guerres et qu’en même temps on puisse assister à la renaissance sur tous les continents d’un esprit populaire tourné à nouveau vers la tradition chamanique.

L’avenir de notre espèce dépendra sans doute de notre manière de nous considérer par rapport à la nature en acceptant de n’en être pas au centre. Nous sommes connectés que nous le voulions ou pas avec l’ensemble de l’univers puisque nous en faisons partie intégrante et l’ignorance ou l’égoïsme, nous ont plongé dans une amnésie au profit d’une poignée de personnes qui a décidé d’employer  leur passage sur terre pour jouir du pouvoir sur les autres de toutes les manières possibles et ce sans vergogne, sans éthique véritable.

Dans mon parcours un personnage comme un double s’est peu à peu imposé sans même que je ne m’en rende compte au début.

La toute première fois que j’ai le souvenir de l’avoir vu se manifester,  la profonde solitude dans laquelle je me trouvais enfant et mon besoin d’amitié me l’auront  fait confondre avec un ami.

Mais en fait de prime abord c’était ce qu’on appelle communément  « un sale type », une sorte de vision en négatif le caractérisait principalement et il polluait mon univers dans sa totalité m’incitant très tôt, à quitter celui-ci pour le rejoindre dans  sa solitude qui, je le sentais formait un parfait écho à la mienne.

Une fois et ce fut la première et la dernière en même temps je m’en ouvris à mes parents en leur racontant que j’avais croisé la nuit encore mon copain imaginaire, celui qui ne cessait de revenir dans mes rêves nocturnes et mes rêveries diurnes. Et alors on ne me prit évidemment pas au sérieux, ce n’était qu’une lubie enfantine, un fantasme sans réelle importance et je crois que l’ami imaginaire et moi avons été profondément blessés par le refus ainsi essuyé de la part des « grandes personnes » de notre existence liée inextricablement. Dans le fond ce déni des adultes  nous aura  permit d’exister encore plus farouchement, nous opposant à eux, et notre créativité alors fut sans borne.

Il s’en suivit bien des malentendus, bien des drames mineurs et majeurs par la suite provoqués par notre volonté farouche à tous les deux de nous préserver dans ce monde que nous avons considéré comme « inversé » et où les « gentils » ne seraient que des trompe l’œil, portant des masques n’usant que du mensonge, ou l’amour se manifesterait par la double contrainte constante de la gifle et du sourire.

A la mort de mon père il y a de cela quelques années désormais j’éprouvais un grand vide car le mur qu’il aura représenté dans mon existence, sur lequel comme un rabbin je ne cessais de me cogner le crane pour prier en même temps que je l’insultais copieusement -ce mur – donc disparut comme par enchantement, à se demander même s’il avait jamais existé vraiment.

Alors peu à peu je compris confusément que son rôle c’était moi qui lui avait attribué dans mon théâtre personnel, et que ce rôle il avait bien voulu lui aussi l’endosser. Mais ma compréhension était encore incomplète, trop  égocentrique, je sentais bien que ça ne collait pas dans le sens où mon père et moi devenions dans cette version des choses des victimes.

En creusant plus loin je ne peux plus m’empêcher de voir bien plus loin que le bout de mon nez. Plus loin même que notre rencontre sur cette terre. Nous sommes des amis dans le vrai sens de ce terme qui avons décidé de nous incarner dans ces rôles à seule fin de nous faire progresser mutuellement sur un nouveau plan chacun de nous, ou tous les deux comme on voudra bien le comprendre.

La seule raison à tout cela, tout ce grabuge j’en suis persuadé dans mon for intérieur est une histoire d’amour qui n’en finit pas de devenir consciente de plus en plus d’elle-même au travers de toutes nos existences, de nos victoires comme de nos défaites toutes les générations humaines. Dans le fond je ne trouve guère de meilleure définition que celle-ci pour évoquer la poésie.

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