Nu contre l’écorce

Arbre à la toile d’araignée Patrick Blanchon

Lorsqu’il vit la lisière, il s’en approcha et sentit la gène occasionnée par ses vêtements, comme si une force inconnue s’était emparé de ses gestes il sentit que celle ci le dévêtait avec ses propres mains. Alors une fois la dernière chaussette jetée au sol nu il entra dans la forêt.

Il le sentit aussitôt, les arbres aussi étaient nus, tout aussi nus que lui et dans cette nudité mutuelle il n’avait pas besoin de mot, pas besoin de pensée, il n’avait besoin de rien d’autre que de la présence des arbres et peut-être, se disait-il encore, un pas après l’autre, oui, peut-être se laisseraient ils toucher vraiment cette fois.

Depuis qu’il les côtoyait, il n’avait jamais été gêné par leur mutisme. D’ailleurs étaient ils muets vraiment autrement que pour des oreilles inattentives ? Le vent qui jouait dans leurs feuillages, rendait le murmure presque palpable. Parfois une branche craque soudain et c’est un affaissement dans l’âme qu’il éprouve alors lui le petit homme ignorant. Mais la foret ne cesse de lui dire que rien n’est grave. Une branche qui choit laisse la place à une nouvelle qui naît et se développe. Et dans le sol des alliances s’effectuent, une générosité discrète ne cesse de nourrir les plus affaiblis, ici tous sont membres d’une seule famille que l’on nomme la foret.

Au loin il revit le grand chêne et c’était comme des retrouvailles vraiment, cela devait faire plus de 10 ans qu’il s’était éloigné. L’arbre était toujours debout son temps n’était pas celui de l’homme et s’il l’avait aperçut jadis l’homme alors n’avait produit sur l’arbre qu’une impression de mouche tourbillonnant autour de la tête d’un bœuf blasé.

Il eut envie de se coller contre lui de sentir tout son corps contre le corps de l’arbre, de ne faire qu’un avec lui. Il l’enlaça doucement et resta ainsi un long moment comme pendu au tronc. Son cœur battait dans ses tempes et il se mit à bander vigoureusement sans avoir besoin de se souvenir du moindre corps humain comme support, sans échafauder de plan sensuel, d’imagerie érotique. La nudité du corps de l’homme contre la nudité du corps de l’arbre tendus tous les deux ensemble vers le ciel avait suffit à débloquer l’énergie sexuelle.

Il tenta de se souvenir de la dernière fois qu’il s’était mis ainsi à bander aussi dur, mais il chassa aussitôt cette pensée pour revenir à l’instant présent seulement, s’abîmer dans la sensation pure.

Il resta ainsi jusqu’au crépuscule dans cette étreinte silencieuse et cela lui fit du bien.

Il retrouva le sentier par lequel il était venu, rejoignit la lisière à nouveau. Ses vêtements étaient là et il les enfila puis se mit à marcher vers le village là bas en regardant palpiter les premières étoiles qui accompagnaient l’arrivée de la nuit.

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