Le petit juif et son histoire de porte.

Une fois je m’en souviens il s’est vraiment présenté devant moi, tout chétif et un peu sale dépenaillé à souhait comme un bel égoïste et il est venu avec une sombre histoire de porte.

Je me suis assis car j’ai senti que ça allait prendre du temps.

« C’est toujours la même chose, le même rêve, la même histoire je la vois cette porte et j’essaie de l’ouvrir et ça ne fonctionne pas, j’ai beau tourner la poignée dans tous les sens, rien. Alors je me cogne contre elle avec rage et là rien non plus. Porte close et je me sens d’une nullité effroyable et voilà en gros toute l’histoire « 

Je l’observe pendant qu’il me raconte son boniment. Il ne cille pas l’enfoiré. Il connait son texte sur le bout des doigts et je sais qu’il me guette. Il guette ma compassion, mon attention, mon empathie, que sais je encore ?

Mais je m’en fous, j’ai tout mon temps cette fois ci, j’ai décidé que j’avais tout mon temps pour l’écouter. Rien que pour voir jusqu’où tout cela ira.

Le fait qu’il soit juif sans doute aura fait pencher la balance. Un goye m’aurait raconté le quart du tiers que je l’aurais surement envoyé boulé déjà.

Le fait est que j’ai aussi décidé d’être juif depuis quelques années. Oh c’était un secret de polichinelle bien gardé. Ma grand-mère estonienne à chaque fois que l’on abordait la religion éludait le sujet, elle allumait une disque bleue, elle rejetait en avant une jolie bouffée de fumée bleutée derrière laquelle son regard d’acier disparaissait.

Estonienne et juive, cela faisait beaucoup, surement trop et cette histoire de saleté omniprésente dont ma mère aura hérité était comme la fumée des cigarettes dans le fond une sorte de brume, de brouillage posé sur l’essentiel.

J’ai eu peur à un moment de fantasmer la juiverie comme la sorcellerie ou la richesse, en me faisant des idées comme le font la plupart des gens et puis comme ils n’arrivent pas à atteindre à leur désir, ils se mettent en boule, vocifèrent et fabriquent à tour de bras du bouc émissaire.

Mais non je suis trop malin pour m’être leurré ainsi. L’exégèse m’est congénitale, consubstantielle. Je ne suis pas juif par dépit, je le suis ontologiquement.

C’est une petite salope qui m’a mis sur la piste un jour, elle aussi fantasmait je ne sais quoi à propos des juifs. Peut être une histoire de gland plus propre.. va savoir…en tous cas elle était certaine que je l’étais juif jusqu’au bout des ongles. Au début ça m’a beaucoup énervé car je la sentais sous moi comme si elle était avec un autre. Bien que je ne sois pas jaloux de nature cette maladresse était tout de même de taille.

Et puis cela a fait son chemin lentement, des mois, des années… des lustres jusqu’à ce que finalement je recolle à peu près tous les morceaux du puzzle.

Je n’ai jamais revu le petit juif avec son histoire de porte, bien sur cela n’aurait servi à rien. Au fond de moi j’avais déjà saisi le message sans bien m’en rendre compte.

En ce qui me concerne les portes ne m’ont jamais posé de réel problème, j’en ai défoncé plus d’une, ouvertes la plupart du temps bien sur.

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