J’allume une cigarette tout en regardant par la fenêtre et je la vois, son visage est rubicond et je devine sa croupe tendue sous la robe légère, elle se tient accroupie en bas dans le jardin et arrache avec rage des mauvaises herbes ce qui me fait sourire méchamment quand j’y pense.

Ainsi donc elle s’est sentie blessée que je la rejette ainsi, parce que je n’ai pas voulu la culbuter derechef sur la table de la salle à manger quand elle me le demandait. L’a t’elle demandé d’ailleurs ? ses yeux l’imploraient tellement que j’ai du entendre une voix qui ressemblait à la sienne, mais je n’ai plus voulu entendre ça, pas à cet instant, « pas maintenant » j’ai du dire.

Cela fait quelques semaines qu’on se connait, une chic fille un peu sauvage, une rousse à la peau pale et qui s’empourpre violemment, qui s’ouvre et se referme aussi rapidement que les pétales des sensitives. Que j’aime ses yeux verts, plusieurs fois je me suis senti happé par ceux ci et j’y aurais plongé tout entier corps et âme si quelque chose ne m’avait retenu.

Quelque chose ou plutôt quelqu’un qui ne répond plus au prénom de Margot depuis des mois mais qui est toujours là tapie dans l’ombre à me hanter.

Une défaite encore, toujours la même issue de la sensation d’abandon et du rejet. Mais cette fois c’est moi qui contrôle, cette fois c’est moi qui ai le pouvoir de rejeter et j’en profite, ça fait un bien fou.

Non un bien fou c’est largement exagéré, un dépit fou serait plus juste, mais ce dépit est tellement confortable finalement que dans un sens je m’y retrouve, je suis comme chez moi, bien dans la merde au chaud.

Elle vient de lever les yeux vers la fenêtre et je la regarde, nous nous dévisageons au travers de la vitre. Comme c’est étrange la vitesse à laquelle la sensation de familiarité peut se dissiper tout à coup je note. Tout à l’heure encore nous étions amants et là maintenant nous voici comme deux étrangers s’épiant par la fenêtre.