Le corps de cendres

Chaman blanc Fresque amazonienne Thierry Lambert

A quoi sert un chaman si la nature n’est plus, à quoi sert un chaman si les animaux disparaissent, à quoi sert un chaman si même l’homme s’évanouit en fumée ?

Aujourd’hui je prends des poignées de cendre blanche derniers vestiges des antiques caoutchoutiers, des cacaoyers millénaires et je m’enduis le corps tout entier.

Cette guerre contre mon peuple nous ne l’avons pas désirée, s’il faut se peindre en blanc pour parler à l’homme blanc c’est le blanc des cendres que je veux leur montrer.

Ils sont comme des enfants bousculant notre mère, ils sont sans limites car ignorants. Ils se pensent immortels et vivent dans l’ennui d’une éternité fictive qu’ils cherchent à occuper à meubler pour se distraire.

De cendre blanche mon corps j’ai recouvert et c’est dans le chant des cendres que j’écoute le son d’ un satellite violet cerclé de soleil d’or, et ce son me transperce et me renvoie à la grande civilisation dont je ne suis qu’un héritier, un survivant.

Dans la cendre blanche oh son gout sur la langue, je retrouve le gout amer des fèves et des noix plantées jadis par mes ancêtres.

Je vois toutes leurs quêtes de sens, l’espoir et la fatigue essaimer la forêt

par quartier de plus en plus vaste jusqu’aux rives du grand fleuve,

toute cette nature c’est nous qui l’avons entretenue,

nourrit, aimée durant tant d’années.

Bientôt cendres moi aussi je reste droit comme un grand arbre bien campé dans la terre par tous les liens intimes.

Tout là haut mon crâne dépasse la canopée et mes rêves sont de plumes et de feuilles que j’adresse aux étoiles pour mieux les consoler.

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