Dessin en noir et blanc recolorisé par opération numérique . Artiste peintre : Thierry Lambert 1996

Vieux cœur ami chevauche cent mille tempêtes depuis la très ancienne Eocène,

A vu déjà tant de jours tant de nuits, fécondé et meurtri par les amours passagères

La gestation est lente, sur le trajet fougueux du cheval des mers, mais le tracer rarement dérape ou se reprend,

voire jamais.

Vieil organe marin battu par la lune séparée, voguant d’abysses noirs en surfaces colorées , ton œil mi clos se souvient-il des récifs disparus par dessus le jeune Sahara ?

Et encore au bout des pôles si amicalement chantés hier encore , ton museau, ton mufle, tes naseaux se souviennent-ils toujours de l’haleine chaude projetée par les poumons des dipneustes, des sarcopterygii fantômes ?

Et des bulles d’espoir et des bulles de rêve ?

Dans les vieux chants qu’invente l’homme, nulle trace franche et confiante de tes compagnons de route, mais des mythes et légendes couvent l’absence

devant celle ci la protégeant et la dissimulant, dorment de jeunes sirènes.

Oh mon cœur comme tu t’es bien battu au grès des chants d’incohérence pour fondre et résister au futile, pour protéger les œufs confiés par les déesses !

Eurynomée la belle s’en souviendra j’espère, à la dernière heure des temps,

je n’ai rien du serpent qui fanfaronne en vain j’ai porté humblement les fruits que la belle m’a confiée

et sur un seul mot d’elle je m’apprête à les lui restituer.