La voix glorieuse

Femme Iranienne arrêtée par la police parce qu’elle est mannequin

C’est par hasard, lors d’une navigation sans but que je tombe sur ce fragment sonore qui illumine ma journée, cette voix qui déclame dans une langue que je ne connais pas mais qui tout de suite, par ce timbre si intimiste à mon oreille me la rend familière.

Peut-on tomber amoureux d’une voix ? Est-ce bien raisonnable ? Et je me met à fouiller encore une fois dans mon passé à la recherche de traces, de fossiles, de bribes comme un ingénieur du son fêlé.

Et alors je découvre peu à peu la même voix plus ou moins qui ne cesse comme la vague de venir mourir sur les frontières du présent.

Je n’arrive pas à m’expliquer cela vraiment d’autant que ces voix appartiennent à des femmes de pays différents et s’expriment toutes en langues étrangères les unes aux autres.

Il y a eut cette fille napolitaine qui me fit découvrir la cruauté de l’attente, et qui par le son même de la voix lorsqu’elle prononce mon prénom m’extirpe de toute temporalité soudainement.

Il y a eut cette femme brésilienne et sa manière mouillée de parler qui enveloppe à nouveau mon être tout entier dans une bulle paradisiaque de plaisir et de paix mêlés.

Il y a eut cette femme mure iranienne qui, me tenant emprisonné dans son beau regard m’achève de plus belle encore à murmurer des bribes d’Hafiz ou d’Omar Khayam jusqu’à me liquéfier , à atteindre le gazeux et m’envoler comme une buée au dessus des ruelles contrastées de Téhéran.

Il y a eut cette belle russe aux beaux yeux bleus qui vient de me laisser sa fille comme élève à l’atelier et qui n’oublie jamais de prononcer mon prénom avec politesse et un je ne sais quoi de mystère aussi.

Mais quelle est donc l’origine de cette lame qui pénètre mon âme entière par le cœur , qui donc en tient la poignée ?

Le fait d’être fils d’étranger n’explique rien ici et je crois qu’il me faudrait dépasser les frontières de cette existence actuelle.

C’est une voix glorieuse qui ne se soucie pas du temps, ni de la mémoire ni de l’oubli. Elle resurgit et voilà : l’éternité nous réunit un instant comme des mains d’amants qui se caressent et s’évanouissent.

Et on continue le chemin ensuite chacun de son côté en fourrant la main dans la poche et en éprouvant sur la langue le souvenir du sel perdu.

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