« Eli Eli lama sabaktani. » Patrick Blanchon peinture à l’huile.

C’est le matin, pas besoin de réveil, le jour n’est pas encore levé et en plus aujourd’hui on change d’heure, on passe à l’heure d’hiver. Je me lève et descend directement à la machine à café comme tous les jours exactement.

Ensuite je regarde la chaudière murale, et je constate qu’elle a buggé encore une fois, un code 125 qui clignote, il faut appuyer dessus pour relancer la fabrication d’eau chaude. Le chauffage on n’y pense même plus, les techniciens doivent venir pour faire un désembouage. Le corps de chauffe est plein de merdes. Il y a des matins comme ça, on se lève et déjà les bras t’en tombent direct quand tu regardes la situation bien en face.

Tu peux te plaindre tout haut, trépigner, gueuler, vociférer, mais je doute que cela change quoi que ce soit.

La vérité est toujours ailleurs, je veux dire au fond de toi parce que tu t’en remets au hasard, à la fortune, et que tu n’as pas suffisamment réfléchis à une stratégie. Tu n’as pas fait de choix vraiment, tu n’as pas établi de priorité dans ta vie.

Ainsi la maison que nous avons achetée il y a de cela quelques années est devenue un gouffre financier, parce que tu n’as pas bien planifié les travaux, parce que tu as voulu faire des économies de bout de chandelles, parce que tu as une putain de conscience de pauvreté et que ton leit motiv c’est de « faire attention à ne pas trop dépenser »

Alors au bout du compte tu te réveilles la tête dans le cul et tu te dis :

« Oh ben ce matin avec tout ça je ne suis pas motivé. »

Tu bois le café sans y penser en cherchant ton paquet de clopes, il est resté sur la table de l’atelier. Tu traverses la cour et entre dans celui ci et là tu regardes le bordel, tous les travaux en plan, le décor de théâtre de 4m de long inachevé alors que les délais se raccourcissent dangereusement.

Tu penses à toutes ces commandes que l’on t’a fait et que tu n’as pas commencées.

Tu te dis merde, avec tout ça je ne sais pas ce qui se passe dans ma vie, je ne suis pas motivé.

Alors évidemment tant que ça restera comme une sorte de slogan matinal ça ne va pas changer. Tu ne seras pas plus motivé après l’avoir prononcé. Tu vas bien sur entrer dans l’atelier et faire semblant mollement. Peut être ranger un ou deux tiroirs, passer un coup de gesso sur une toile que tu n’aimes plus, faire une ou deux fenêtres sur le décor de théâtre pour te donner bonne conscience.

Mais au fond de toi tu sais la vérité maintenant.

La vérité c’est que tu avances bille en tête sans plan d’action, que tu fais surtout ce qui te plait en mettant de côté les contraintes, en imaginant qu’à un moment de la journée, de la semaine, du mois, de l’année , de ta vie, tu vas être investi d’une sorte de grâce que tu appelles faute de mieux: la motivation

Il est peut-être temps de changer de point de vue tu ne crois pas ?

Il est peut-être temps de se souvenir que rien n’est jamais complètement perdu,

que tu dois reprendre confiance en toi, en tes capacités, que tu remettes de l’ordre dans tout ce bordel.

Oui il est temps d’agir enfin mais pas n’importe comment, pas comme tu le fais d’habitude.

Assis toi à une table, prends une feuille de papier et remonte le fil de tes envies.

Qu’as tu vraiment envie de faire ?

Je vais t’apprendre un secret que tout le monde dissimule au fond de soi par confort, parce que c’est un secret honteux, un peu comme tous les secrets.

Tu ne peux pas te motiver si tu ne décides pas de ce que tu veux faire de ta vie, de tes années, de ce mois, de cette semaine, de cette journée, de cette heure de cette minute.

Et tant que tu n’auras pas effectuer ce travail véritable, en profondeur d’établir la liste de tes priorités il y a de grandes chances que tu continues à te lever tous les matins en déclamant un « je ne suis pas motivé » signe avant coureur d’une journée merdique au terme de laquelle tu seras encore un peu plus désespéré par toi-même