Il y a une énorme différence entre avoir une idée et la mettre en oeuvre, la « réaliser ».

Qu’est ce qui peut enrailler les choses à ce point pour que toutes les bonnes idées que j’ai régulièrement, je ne les réalise pas ?

Est ce que c’est la flemme ?

Est-ce un problème de méthode ?

Est-ce par que j’imagine déjà tous les tracas que la réalisation de cette idée va me créer

car tout le monde le sait : on ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs.

Mon père disait toujours  » tu veux être arrivé avant d’être parti » ce qui n’était qu’une extension de  » Tu veux mettre la charrue avant les bœufs » dont me parlait aussi mon grand-père.

ah la sagesse des vieux dictons populaires qu’on se trimbale comme ça de génération en génération, on les accepte plus ou moins comme monnaie sonnante et trébuchante, sans bien y réfléchir.

En ce qui me concerne je ne réalise pas les 3/4 des idées que j’ai parce que je me dis régulièrement : laisse tomber encore un truc pour imaginer une vie plus belle, plus facile, encore un nouveau mensonge aller…

Ou alors ça me sert à glander, à m’enfuir des vraies actions que j’ai à réaliser et qui ne me plaisent pas dans ma journée.

C’est toujours au moment où j’ai à sortir les poubelles ou passer un bon coup de balai dans l’atelier que surgissent les idées les plus fulgurantes, qui m’emportent alors dans une rêverie magistrale. Je m’assois sur ma chaise en fumant ma clope et c’est parti pour une bonne heure à rêvasser.

Jusqu’à ce que Sylvie traverse la cour et me rappelle que j’ai toujours les poubelles à sortir !

Alors les belles idées sont un peu comme des maîtresses que je quitte à regret en grommelant dans ma barbe. Des courtisanes que j’ai chèrement payées, grassement payées de mon temps perdu à jamais.

Il m’est aussi assez facile de me réfugier pour mes activités artistiques derrière le personnage du peintre ou de l’écrivain qui  » cherche l’inspiration ». Des heures encore à feuilleter des magazines, à me curer les ongles, à m’allonger sur la banquette les yeux mi-clos en attendant que ça tombe.

Ca ne tombe jamais évidemment. Le soir arrive et quand je vois cette journée perdue à ne rien faire j’ai les glandes. du coup je n’arrive pas à dormir, je tourne en rond comme un fauve dans l’atelier et rien ne vient.

Sans compter qu’ en prime le lendemain matin j’ai aux alentours de 2 de tension.

Il me faut généralement une crise, une urgence, une expo, une commande pour qu’à bout de procrastination je me jette littéralement dans le travail comme on plongerait dans l’eau d’une piscine.

Evidemment je mets 3 fois plus de temps à trouver mes compositions dans ce cas là que si j’avais élaboré mûri mes esquisses mes études « au fur et à mesure du temps »

Je me réfugie alors derrière l’excuse de la « spontanéité du génie qui est en moi «  excuse du peu… mais à vrai dire jamais je n’ai vu de spontanéité autant laborieuse. Bref je perds un temps fou à la fois par paresse, par orgueil, par bêtise.

——————————————————————————-

Evidemment ce récit parle d’un temps révolu comment pourrais je en parler sinon, quel sorte de recul nécessaire aurais je pour t’en parler ?

« l’homme que j’étais, je ne le suis plus. » disait Henri Miller dans l’introduction du Tropique du Cancer. Je crois que j’ai gagné le droit de le dire en chœur avec lui désormais.

Comment ai je réussi à me sortir de ça ? Je t’avoue que ça n’a pas été tous les jours facile. J’ai dû changer bon nombre de vieilles habitudes, un peu comme on casse tout dans une baraque pour tout remettre à 0 et repartir sur de bonnes bases.

Un jour peut-être si ça t’intéresse je t’en parlerai plus en détail , mais dans le fond c’est assez simple quand j’y repense, il suffit d’avoir un peu d’humilité et curieusement -un peu plus d’amour propre en même temps- d’aimer quelqu’un aide aussi et c’est une chance immense : car on a pas envie de décevoir l’autre qui espère en nous.

Et puis ma foi ce n’est non plus si dur de s’organiser, de poser des objectifs, des dates, des projets et de s’y mettre au quotidien. Ensuite le temps fait son ouvrage, jour après jour.