Une question de volonté

Sans doute ne faudrait il pas réfléchir de trop pour mettre en place quoi que ce soit. Il faudrait retrouver la naïveté, l’innocence des gamins et s’armer seulement d’une inébranlable volonté.

C’est là que tout se casse la figure régulièrement chez moi. Cette absence de naïveté que je nomme lucidité par arrangement. Mais cette lucidité à bien y réfléchir, n’est qu’une gaminerie et rien de plus. Une excuse perpétuelle pour expliquer, justifier, un manque chronique de volonté.

De là à éprouver une sensation d’impuissance, chronique elle aussi, il n’y a qu’un pas que je franchis sans même m’en rendre compte à peu près à chaque moment de la journée.

Il y a quelque chose d’insupportable dans cette volonté à vouloir acquérir de la volonté et qui sans cesse m’échappe et me révolte tout en même temps.

Comme la partie visible d’un gros glaçon qui flotte dans mon verre de whisky. Et j’ai beau soulever le verre, le placer au dessus de la tête, le regarder par dessous, je ne fais qu’inverser le problème sans trouver de solution.

Plusieurs fois je n’ai pas eu d’autre choix que la fuite, dans la colère, dans la révolte, dans la destruction pour échapper à ce constat d’impuissance.

Au fur et à mesure des années j’ai mis mon intelligence au service de cette fuite en généralisant ce constat d’impuissance personnel à l’humanité toute entière.

Nous humains avons beau échafauder tout un tas de plans plus ou moins foireux, aucun de nous n’échappera à la mort.

Et puis un matin on se demande si le sens est le bon. Si cette culpabilité que l’on porte sur soi, en soi, en martyre du monde finalement ce n’est pas un constat égoïste comme on le pense en secret depuis tant d’années, mais au contraire une vraie vocation mystique d’épouser la souffrance humaine dans son ensemble.

Alors à ce moment là exactement une nouvelle issue, une nouvelle fuite face à l’absence de volonté s’ouvre devant soi : et l’on devient radicalement différent soudain.

On se laisse pousser la barbe et les cheveux, on invoque le mot Dieu à chaque phrase et l’on jette un voile pudique sur les cheveux de femmes que l’on ne saurait regarder sans devenir fou.

2 commentaires sur “Une question de volonté

  1. J’ai entendu un sage éveillé dire « Je suis là pour faire sens et liens. » Sens au pluriel, s’entend. La vache, elle, ne se pose pas ces questions. Elle est juste là. En est-elle plus sage pour autant ? Alors va pour le sens, le contresens, le non sens, le bon sens …
    Douce journée, Patrick.

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    1. C’est une bonne question que je me pose souvent : pourquoi y a t’il quelque chose plutôt que rien ? et , à ce titre apercevoir une vache autant qu’un sage est formidable vraiment. Je dirais même plus comme Dupont et Dupont : « sensationnel » pour adhérer au mieux à cette affaire de sens !
      Un bon vendredi Gilles !

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