Entre la tête qui doit rester froide, et le cœur qui lui doit rester chaud, il arrive que la circulation des informations soit parasitée par les échanges thermiques.

Quand l’une prend le pas sur l’autre quelque chose de froid, de glacial se propage comme une aura négative et les états comme les êtres basculent vers l’insensé.

Au summum du calcul, de la stratégie, il n’est pas rare de tomber sur le mépris pour toute vulnérabilité ou faiblesse.

Sans doute les déceptions, les manques, les rages et les rancunes finissent t’elles par refroidir la majeur partie des échanges cordiaux.

Sans doute qu’au bout du mépris et de la politesse congelée ainsi générés pour masquer ces manques on pourrait encore trouver un peu d’humanité malgré tout dans le ridicule que tout déséquilibre produit.

Mais ce que ce ridicule propose alors ce n’est qu’un rire amer, un rire désespéré.

C’est la réflexion qui me vient ce matin en constatant combien je tourne à nouveau en rond autour de l’axe taré de mes envies.

Ces derniers temps j’ai été fasciné par une intuition :

Il suffirait que j’effectue des actions logiques, que j’établisse des listes, tout cela propulsé par une envie, un intérêt, un désir et que je refonde tout ce gloubi-boulga en stratégie, pour m’extirper de l’austérité dans laquelle je réside depuis maintenant un certain temps.

Fort heureusement, je dois encore remercier ma bonne fée perpétuelle, l’inertie qui me sauve décidément tout autant des victoires que des défaites communes.

J’ai toujours estimé que lorsqu’il n’y a que deux possibilités, il fallait en créer une troisième coûte que coûte.

Cela fait des années que ça dure et du coup ce matin je me demande si cette troisième voie que je cherche n’est pas cet équilibre entre la tête et le cœur.

La quête de cet équilibre résume l’histoire de ma vie dans la majeure partie.

La passion ne rencontre pas de limite. Il suffit que je plonge en elle la tête la première pour que je m’y engouffre tout entier. Il en a été ainsi pour l’écriture, la photographie, la peinture, et les femmes bien entendu.

Chaque fois les mêmes mécanismes se produisent et la seule chose que je peux dire en guise d’excuse :

C’est plus fort que moi, je n’y peux rien, c’est comme ça.

Maîtriser ses passions m’a toujours paru être une ineptie proposée à ma nature.

Mais dans le fond qu’elle est t’elle cette « nature » ?

Quand je regarde les enfants j’y vois à peu près la même absence de frein, cette spontanéité qu’ils manifestent à dessiner ou peindre reste vive, libre, sans aucune entrave de la raison de la réflexion.

Il me faut donc l’avouer et l’accepter ce faisant, à presque 60 ans désormais je ne suis qu’un enfant mal sevré et la tentation de m’en plaindre serait grande si une étrange joie en moi ne contredisait ce premier élan.

Alors du plus profond de mon iconographie intime resurgit une image oubliée :

Celle de Christophe de Lycie.

Dans un récit gnostique remontant au II ou III ème siècle on raconte l’histoire d’un monstre anthropophage à tête de chien qui, par le baptême prend le nom de christianus ou christophorus.

Peu à peu la tête de chien sera remplacée en occident par la figure d’un enfant porté.

Ce syncrétisme entre la religion païenne dont on retrouve la trace dans les vieilles sagas islandaises et anglaises ( Grettir et Beowulf) avec la religion chrétienne ne serait-il pas une piste pour chaque enfant perdu dans un corps d’homme ou de femme, pour chaque enfant cependant que nous ne cessons de porter sur les épaules que nous en soyons conscients ou pas ?

Et pour en revenir à cet équilibre entre le cœur et la cervelle il me semble ce matin que de tous les temps bien des sages, bien des érudits, bien des artistes, n’ont cessé de chercher un signe, un symbole pour le manifester, sans parler de religion, de sottise de bénitier, et voici que se dresse une jolie croix pour marquer ce jour.

prof d'arts plastiques, fabriquant de tableaux. @patrickblanchon38550 http://patrickblanchon.com

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